C’est touchant de voir toutes ces manifestations de compassion, un an après l’attentat de la mosquée de Québec.

Une trêve durable ?

C’est touchant de voir toutes ces manifestations de compassion, un an après l’attentat de la mosquée de Québec.

Des écoliers qui rédigent des messages d’amour et d’espoir à l’intention des proches des victimes, des politiciens qui parlent d’ouverture et de tolérance.

Est-ce que tout cela va durer ?

Quelqu’un me faisait remarquer lundi qu’on assiste peut-être simplement à une pause. À une sorte de trêve en attendant de reprendre les discussions sur ce fameux concept du vivre-ensemble…

À Radio-Canada lundi, j’entendais des experts apprécier le ton posé, mesuré, presque recueilli avec lequel les politiciens et autres personnalités publiques s’expriment ces jours-ci dans le contexte des commémorations.

Et la question qu’ils se posaient, c’est si cette bonne mesure, cette retenue salutaire allait survivre à la campagne électorale qui s’en vient au Québec, alors que la bataille pour le pouvoir l’emportera vite sur toutes les autres considérations.

J’entendais aussi l’imam de Québec en appeler de la responsabilité des politiciens à la veille de cette campagne électorale où la tentation sera forte de marquer des points sur la question identitaire et l’immigration.

L’imam a de bonnes raisons de s’inquiéter. Qu’on se rappelle à quel point le pathétique code de vie d’Hérouxville a teinté l’élection provinciale de 2007… Tout comme l’a fait la Charte des valeurs en 2014.

Fondamentalement, le débat public n’est pas tellement plus avancé qu’il ne l’était depuis les recommandations de la commission Bouchard-Taylor, que les gouvernements successifs n’ont jamais eu le courage de traduire en lois.

C’est sans compter les chiffres, qui inquiètent. Le nombre de crimes haineux est en hausse à Montréal et à Québec. Je n’ai pas trouvé de statistiques récentes pour Gatineau – où le Service de police a mis en place une vigie sur la radicalisation, l’an dernier.

Néanmoins, je ne crois pas que les Québécois sont devenus islamophobes, pour enchaîner sur un autre débat qui fait rage ces jours-ci.

Il me revient en mémoire une entrevue que j’ai faite avec une famille de confession musulmane qui venait tout juste d’arriver au Canada.

L’entrevue se déroule bien, cordiale, et tout. À la fin, la mère refuse de serrer la main que je lui tends avec un petit sourire embarrassé, l’air de dire : je ne peux vraiment pas vous serrer la main, ne vous en offensez pas…

Je n’étais pas offensé du tout. Je me suis simplement dit : elle vient d’arriver au Canada, en provenance d’un pays où ce n’est pas dans les mœurs qu’une femme serre la main à un homme. Je me suis dit qu’il fallait lui laisser le temps de s’adapter à son nouveau pays. Et qu’avec le temps, les différences culturelles finiront par s’estomper… et peut-être qu’on pourra se serrer la main un jour.

Je suis convaincu que beaucoup de Québécois auraient réagi comme moi. Dans la vie de tous les jours, nous sommes généralement tolérants, compréhensifs et généreux.

Je pense que les tensions entre communautés sont plus culturelles que religieuses. Les Québécois ne pratiquent plus, ils s’en fichent de plus en plus de la religion.

Mais dès lors qu’il est question du port du voile, ou de l’usage des signes religieux ostentatoires, c’est une autre affaire. C’est pire, me faisait remarquer quelqu’un, si l’on fait mine de quitter le terrain informel pour s’aventurer sur celui des lois, par exemple. Alors le ton des discussions monte assez vite…

La prochaine fois qu’on en arrivera là – parce qu’on en arrivera là de nouveau, c’est sûr – on fera bien de se rappeler du ton posé et respectueux entourant les commémorations de l’attentat.