Le grand patron de Brigil, Gilles Desjardins

Une chicane utile à tout le monde

CHRONIQUE / C’était quoi, au juste ? Une bombe censée faire dérailler la campagne électorale du maire sortant Maxime Pedneaud-Jobin ?

Je parle de cette étrange sortie du grand patron de Brigil, Gilles Desjardins, à 11 jours du scrutin municipal. Un coup de gueule qui n’aura d’autre effet, selon moi, que de conforter les uns et les autres dans leur opinion par rapport aux tours Brigil.

Mercredi matin donc, M. Desjardins convoque la presse à son local de vente de la rue Laurier. Pour nous dire quoi ? Que Maxime Pedneaud-Jobin l’aurait menacé en lui criant après, lors d’une rencontre privée au cabinet du maire en janvier 2016.

À cette occasion, le maire sortant lui aurait juré que le « sang allait couler » si le promoteur déposait officiellement son projet Place des Peuples, et que lui et les membres de son parti Action Gatineau allaient s’y opposer avec la dernière énergie.

L’ex-maire Yves Ducharme assistait aussi à cette rencontre privée à titre de conseiller spécial de Brigil. Mercredi, il a corroboré les propos de M. Desjardins – tout en les atténuant quelque peu.

Oui, il aurait été question de « sang » lors des échanges avec le maire sortant. Mais il était clair pour tout le monde que l’expression était employée au sens figuré. Et, non, M. Ducharme ne se souvient pas que le maire ait crié après quiconque cette journée-là…

Alors voilà, on a déjà deux versions sensiblement différentes de cette rencontre à huis clos.

Trois en comptant celle du maire Pedneaud-Jobin qui convient que la réunion a été « houleuse », tout en niant avoir employé les mots qu’on lui reproche. Il signale aussi que le grand patron de Brigil ne semblait pas trop affecté à l’époque, ayant accepté peu après de prospecter des terrains du centre-ville en sa compagnie pendant tout un avant-midi…

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Qui a tort, qui a raison ?

On s’en fiche. L’enjeu n’est pas là.

Le dossier des tours Brigil est devenu comme la saga Guertin à une certaine époque. C’est rendu un prétexte pour rallier l’opinion publique de son côté. Tout le monde trouve un peu son compte dans cette chicane.

En tenant tête à un puissant promoteur et en se faisant le défenseur d’un quartier « patrimonial », Maxime Pedneaud-Jobin conforte sa base électorale qui redoute le retour à une trop grande proximité entre élus et entrepreneurs.

Quant à Gilles Desjardins, il fait parler de son projet et de son entreprise à chaque fois que les tours Brigil refont surface dans l’actualité. Par la bande, il donne un coup de main aux adversaires à la mairie de Pedneaud-Jobin qui ont beau jeu de le dépeindre comme un maire confrontant et opposé au développement économique.

S’il y avait un minimum de bonne volonté de part et d’autre dans ce dossier, on aurait cherché, et sans doute trouvé, au moins un début de terrain d’entente.

La preuve ?

Le projet d’agrandissement du Sheraton, à un coin de rue de Place des Peuples, ira de l’avant. Tout comme la deuxième tour du VIU du groupe Heafey, qui a dû négocier avec la Ville pour obtenir ses autorisations.

Alors non, la sortie à l’emporte-pièce de Brigil ne changera rien. Le maire Pedneaud-Jobin est contre ? 

On le savait déjà. Action Gatineau l’est tout autant ? On le savait aussi. Il y aura du sang sur la table ? Rien de nouveau non plus, le parti du maire est depuis longtemps en guerre contre le projet sous sa forme actuelle.

Avec la moitié de la population pour les tours Brigil, et l’autre moitié contre, ce serait étonnant que cet enjeu puisse à lui seul changer le cours de la campagne électorale d’ici au 5 novembre.