Les travaux préliminaires ont commencé afin de déterrer le corps de Daniel Dompierre, ensevelis sous le sable, à La Pêche.

Une attente intolérable

CHRONIQUE / Je suis allé faire un tour à la sablière O’Connor de La Pêche. Là où un éboulement a enseveli un opérateur de machinerie lourde jeudi dernier. Près d’une semaine plus tard, le corps de l’homme est toujours là, enterré sous des tonnes et des tonnes de sable avec son excavatrice. La tombe est inaccessible en raison des risques d’éboulement toujours présents.

Les images rapportées dans les médias ne rendent pas justice à l’aspect spectaculaire du site situé à flanc de colline, en bordure de la route 105, à la sortie de Farrellton. Jeudi, de grosses pelles mécaniques s’affairaient sur les hauteurs, occupées à bâtir un chemin sécuritaire vers la pelle mécanique enfouie quelque part dans les profondeurs, en un lieu invisible de la route.

L’opérateur s’appelait Daniel Dompierre, 31 ans, père d’un garçon de 4 ans. Le père de la victime, Marc Dompierre, passe de longues heures chaque jour à la sablière, veillant le moment où on extirpera la dépouille de son fils de sa fâcheuse situation. Une attente qui doit être intolérable. Dans les heures qui ont suivi la tragédie, il disait que si ce n’était de la police qui lui barrait la route, il serait allé lui-même déterrer son fils à mains nues. « Son âme n’est pas encore sortie de son corps. Il est mal placé là-dedans », disait-il en entrevue à Radio-Canada.

Impossible de rester insensible devant une telle détresse. J’ai lu toutes sortes de commentaires sur les médias sociaux. Des gens qui exhortaient les autorités à sortir le corps au plus vite. Voire à faire appel à l’armée. « En Thaïlande, ils ont mis 3 jours à évacuer 13 jeunes d’une grotte engloutie », a noté quelqu’un. « Si c’était le fils du premier ministre qui était enterré là, vous pouvez être sûr qu’on l’aurait sorti depuis longtemps ! » remarque un autre. 

Peut-être. 

En même temps, les autorités font bien de jouer de prudence. Si une équipe de secouristes se faisaient ensevelir à la suite de l’opérateur, ce ne serait plus seulement un père éploré qui veillerait au bord de la carrière, mais les membres de plusieurs familles dévastées.

Les proches de la victime réclament, avec raison, des explications sur ce qui s’est passé. Ce n’est pas normal qu’une excavatrice se retrouve ainsi ensevelie, en l’espace d’un instant, sous des tonnes de sable, un matériau friable et capricieux. Il existe des règles au Québec pour encadrer l’exploitation des sablières. Des règles qui, dans ce cas-ci, auraient pu être enfreintes. Lundi, un porte-parole de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) a laissé échapper que l’exploitation ne se faisait peut-être pas selon les règles de l’art.

Une sablière doit être exploitée en « gradins », avec des murs qui n’excèdent pas 3 mètres afin d’éviter des effondrements, d’après le Règlement sur la santé et la sécurité du travail dans les mines. Or la première chose qui frappe l’œil de l’observateur, à la vue du site, c’est la hauteur vertigineuse des parois.

Pour l’instant, les autorités ne semblent négliger aucune piste. Dès que le corps sera dégagé, la CNESST pourra consacrer toute son énergie à faire la lumière sur les circonstances de l’accident de travail. Une enquête policière et une enquête du coroner ont également été déclenchées après l’effondrement. C’est le moins qu’on puisse faire pour réconforter le père et les proches. Ça ne ramènera pas Daniel Dompierre, mais ça préviendra peut-être de futures tragédies.