Jim Watson a été élu pour un troisième mandat consécutif à la barre de la Ville d’Ottawa.

Un vote pour la continuité

CHRONIQUE / Non, Jim Watson n’est pas parfait, les électeurs d’Ottawa le savent bien. Mais ils ont l’impression que les choses avancent avec lui à l’hôtel de ville, plus qu’au temps d’un certain Larry O’Brien en tout cas. Et ils lui ont confié un troisième mandat consécutif à la mairie d’Ottawa, une marque de confiance qu’on n’avait pas vue depuis longtemps.

Les résultats de cette élection ont été à la hauteur d’une campagne terne et sans suspense. Jim Watson a largement dominé son seul véritable rival à la mairie. L’ex-conseiller Clive Doucet a avancé de bonnes idées, mais il est arrivé trop tard pour faire une réelle différence. À 72 ans, M. Doucet retraitera dans ses terres, au Cap-Breton, en attendant la sortie de son prochain livre prévu d’ici quelques semaines.

Jim Watson n’a jamais été le plus flamboyant des politiciens. Mais il a toujours eu le don de bien sentir le pouls de l’électorat, ce qui lui permet de gouverner au centre, sans faire de grosses vagues. C’est sans doute le secret de sa longévité politique, lui qui en était à sa 8e campagne électorale.

Avec aucun adversaire réellement menaçant devant lui, il a pu mener sans être inquiété une campagne de terrain, minimaliste, comme il les aime. Sa recette a toujours été « to underpromise and overdeliver ». Autrement dit, en promettre moins, mais livrer plus. Une combinaison payante dans son cas.

Chose certaine, il entamera le prochain mandat sur le thème de la continuité. D’abord, en terminant la phase 1 du train léger qui a pris du retard. Puis en sécurisant le financement pour la phase 2 – ce qui ne sera pas une sinécure avec Doug Ford à Queen’s Park. Ancien ministre libéral, Jim Watson entretenait de bonnes relations avec les gouvernements de Dalton McGuinty et Kathleen Wynne. Les choses pourraient se corser avec les conservateurs, moins pro-villes que les libéraux et qui doivent composer avec un déficit de 15 milliards. Fini le temps où l’argent coulait à flots pour le train, les hôpitaux et les universités. Le maire pourrait avoir plus de difficultés à overdeliver cette fois-ci.

***

Le maire Watson se retrouvera à la tête d’un conseil municipal qui compte sept nouveaux visages sur 23. Pour l’instant, on ne sait pas trop à quoi s’attendre de leur part. Dans le doute, M. Watson a lancé un appel à la collaboration. Les citoyens, a-t-il rappelé, s’attendent à ce que les membres du conseil travaillent ensemble dans l’intérêt commun. C’est la vérité, mais c’est plus facile à dire qu’à faire.

L’élection a donné lieu à quelques surprises dans les quartiers. À commencer par cette réélection facile de Mathieu Fleury dans Rideau-Vanier. On s’attendait à ce que le déménagement du refuge de l’Armée du Salut, chemin de Montréal, lui coûte des votes, voire son poste… Il repasse plutôt comme une balle ! Qui sait, les électeurs de sa circonscription ont peut-être décidé de passer par-dessus leur déception pour conserver l’un des trop rares francophones au conseil municipal.

La défaite du conseiller sortant David Chernushenko dans le quartier Capitale cause un choc. Son successeur, Shawn Menard, était le candidat de Clive Doucet et loge à gauche sur l’échiquier politique. De fait, tout le Glebe semble se tasser vers la gauche ces jours-ci. Le néodémocrate Joel Harden a gagné la circonscription provinciale du secteur en juin dernier. La députée fédérale Catherine McKenna, qui s’en va en élection l’an prochain, doit commencer à s’inquiéter pour son siège.

Dans Alta Vista, la réélection de Jean Cloutier est une surprise dans la mesure où les évictions massives de Heron Gate lui ont fait mal. Mais cet autre francophone a gardé son siège de justesse. C’est finalement l’ancien militaire Matthew Luloff qui a remporté la course folle à 17 candidats dans Orléans. L’appui du conseiller Stephen Blais, réélu avec un concluant 89 % des voix dans Cumberland, a sans doute aidé.