Tout près de chez moi, un promoteur vient d’obtenir l’autorisation de bâtir un autre de ces centres commerciaux comme en voit trop, autant à Gatineau qu’Ottawa.

Un rendez-vous manqué

CHRONIQUE / Tout près de chez moi, un promoteur vient d’obtenir l’autorisation de bâtir un autre de ces centres commerciaux comme en voit trop, autant à Gatineau qu’Ottawa. Un projet sans âme, faits de commerces perdus au milieu d’une mer d’asphalte, et pensé en fonction de l’automobile.

Le projet Destination Vanier verra le jour à l’intersection du boulevard des Allumettières et du chemin Vanier, à Gatineau. Tout près de deux autres centres commerciaux du même acabit. Dans un secteur où la congestion routière atteint un seuil critique aux heures de pointe.

En d’autres mots, le conseil municipal vient d’approuver un centre commercial comme on les pensait avant les bouleversements climatiques. Avant le « How dare you! » impérieux de Greta Thunberg à l’ONU. Avant que des millions de gens descendent dans les rues pour presser les gouvernements d’agir, et vite, contre le réchauffement qui menace l’humanité.

Vous me direz : ce n’est qu’un centre commercial !

Oui, ce n’est qu’un centre commercial. Et face aux centrales au charbon en Chine ou en Inde, il ne fera pas une grande différence dans le combat pour réduire les émissions mondiales de GES.

N’empêche qu’il vient incarner une contradiction entre les beaux discours sur l’urgence d’agir pour protéger l’environnement et la manière dont on continue de développer nos villes. En cette matière, c’est encore le bon vieux diktat du développement économique qui l’emporte trop souvent. Comme quoi il est plus facile de s’opposer à un pipeline en Alberta qu’à un centre commercial tout à l’auto dans sa propre cour.

Vous me direz que le parti du maire Maxime Pedneaud-Jobin a voté contre Destination Vanier la semaine dernière. Et c’est vrai. Les élus d’Action Gatineau ont même évoqué un « rendez-vous manqué » avec la Terre en s’y opposant. Ils ont mordu la poussière face à une majorité d’indépendants qui, tout en jugeant eux aussi le projet dépassé, trouvaient qu’il était trop avancé pour faire marche arrière.

De fait, l’opposition de principe d’Action Gatineau, bien que fondée, est arrivée sur le tard. Trop tard pour changer réellement quoi que ce soit. S’il y a un rendez-vous manqué dans cette histoire, ce n’est pas tant avec la planète qu’avec le promoteur. Voilà déjà quatre ans que celui-ci travaille avec l’administration municipale pour faire cheminer son projet dans le respect des règles en vigueur. Si des élus voulaient le convaincre d’y apporter des modifications, il fallait y voir bien avant.

Surtout que la Ville de Gatineau démontre ces dernières années qu’elle est capable d’approuver des projets beaucoup plus modernes.

Qu’on pense au projet de Windmill en bordure des chutes Chaudières.

Ou encore au projet Agora, dans le secteur du Plateau, en face de la nouvelle bibliothèque et du parc Central. Dans les deux cas, on a prévu un mélange de commerces d’ambiance et de résidentiel.

Avec des espaces publics, de même que des accès par le transport en commun, le vélo ou la marche.

Il est là, l’avenir. Dans des endroits qui deviennent des lieux de rassemblement et d’animation.

Qui mettent de la couleur, de la verdure et de la vie dans un quartier.