Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Il aura fallu presque 7 mois avant que les responsables de la Santé publique d’Ottawa et de Gatineau se décident à tenir un point de presse commun sur la COVID-19.
Il aura fallu presque 7 mois avant que les responsables de la Santé publique d’Ottawa et de Gatineau se décident à tenir un point de presse commun sur la COVID-19.

Un remède contre la frustration, docteur?

CHRONIQUE / Sept mois! Il aura fallu presque 7 mois avant que les responsables de la Santé publique d’Ottawa et de Gatineau se décident à tenir un point de presse commun sur la COVID-19, lundi…

Il était à peu près temps.

Je n’en reviendrai jamais que dans une région aussi étroitement connectée que la nôtre, Ottawa et Gatineau fassent si souvent comme si leur voisine n’existait pas.

C’est une aberration totale dans une région où Québécois et Ontariens traversent constamment les ponts pour aller travailler, socialiser, s’amuser ou consommer de l’autre côté de la rivière.

Depuis le début de la pandémie, on n’a pas senti de collaboration étroite entre les systèmes de santé des deux provinces. Au contraire, rappelez-vous la décision unilatérale du Québec d’établir des contrôles frontaliers sur les ponts interprovinciaux, le printemps dernier.

Une décision impopulaire et incomprise du côté ontarien, qui a failli dégénérer en crise diplomatique. Je me souviens d’un conseiller d’Ottawa qui criait même au complot souverainiste…

Bref, il a fallu attendre que Québécois et Ontariens s’infectent allègrement les uns les autres à grands coups de gouttelettes contaminées pour voir ce premier point de presse conjoint des autorités sanitaires…

Eh bien, mieux vaut tard que jamais!

Surtout que le message lancé lundi par nos deux directrices de la santé publique - Brigitte Pinard et Vera Etches - est plus que pertinent à l’approche du long week-end de l’Action de grâce.

«Nous savons que vous avez tous envie de vous rassembler et de profiter des belles couleurs de l’automne avec votre famille et vos amis», ont dit en substance nos Dr Arruda locales.

«Mais de grâce, limitez vos contacts au maximum. Allez même plus loin que les mesures de base si le coeur vous en dit…»

Je vous avoue que là, j’ai tiqué. En faire plus? Il me semble que je fais déjà tout ce que je peux, et même plus.

Je respecte les barrières sanitaires, je mets mon masque quand c’est prescrit. Je ne vois presque plus personne. Ma vie sociale n’est plus que l’ombre de ce qu’elle était… C’est dire, j’ai même mis de côté le squash, une quasi-religion dans mon cas, pour me convertir au jogging, sport qui me semble mieux adapté aux impératifs d’une pandémie…

Et vous me dites d’en faire plus? Est-ce à moi d’en faire plus?

Je vous avoue que ça me déprime quand je vois une association de hockey mineur suspendre ses activités parce que des entraîneurs et des participants au sein d’une ligne adulte ont contracté la COVID. Ça me déprime quand je lis qu’un traiteur de la région, le bien nommé «Lindocile», se fait rappeler à l’ordre par la Santé publique parce que des employés se sont plaints du manque de mesures sanitaires sur les lieux de travail.

Je veux bien en faire plus. Mais j’aimerais aussi que la Santé publique sanctionne ceux qui n’en font pas assez.

Une question à ce propos a d’ailleurs été lancée à l’endroit du Dre Etches, lundi.

«Jusqu’à maintenant, docteur, vous en appelez au sens de la responsabilité des citoyens, à leur conscience collective. Mais pensez-vous aller un jour vers une approche plus coercitive? Vers des amendes, par exemple, si une partie de la population ne répond pas à l’appel?»

Réponse de Vera Etches: «La science a démontré que les gens réagissent mieux aux encouragements qu’aux punitions», a-t-elle répondu.

Dre Vera Etches

Alors je m’incline devant la science.

Ceci dit, j’ai une question pour les scientifiques.

Avez-vous un remède pour soulager la frustration?

La frustration de ceux qui se fendent en quatre pour respecter les barrières sanitaires?

Alors qu’ils observent une minorité se la couler douce, sans autre conséquence qu’une tape sur les doigts?

Si vous avez un remède, docteur, merci de me faire une prescription.