La Ville de Gatineau devrait se doter d’un ombudsman à temps plein.

Un ombudsman à temps plein

CHRONIQUE / C’est un rapport accablant pour le bureau de l’ombudsman de Gatineau.

Quand un chien de garde de la démocratie municipale se fait accuser de tourner les coins ronds et de manquer à son devoir de neutralité, l’heure est grave.

Le bureau de l’ombudsman de Gatineau se doit d’être un modèle de crédibilité et d’impartialité, mais il est incapable de remplir son rôle adéquatement, tranche la vérificatrice générale de Gatineau dans un rapport de conformité convaincant et bien étayé.

Je vous avoue que je n’aurais jamais cru assister à un tel spectacle. Deux chiens de garde de la démocratie qui se jappent l’un après l’autre sur la place publique. La vérificatrice générale qui descend en flammes le bureau de l’ombudsman. La magie des contre-pouvoirs dans toute sa splendeur. Only in Gatineau, comme dirait l’autre.

Ceci dit, le rapport de la vérificatrice générale me semble viser assez juste. Un peu plus de 10 ans après sa création par l’ancien maire Marc Bureau, le bureau de l’ombudsman de Gatineau a dérivé dangereusement de son rôle premier.

Parfois au détriment des faits, il affiche de plus en plus un ton et un parti pris défavorable à l’administration municipale, nous dit la vg.

Bien sûr, on s’attend à ce que le Protecteur du Citoyen se préoccupe d’abord et avant tout du citoyen. C’est son rôle premier. C’est lui l’instance de dernier recours quand le citoyen désespéré a épuisé toutes ses démarches pour faire avancer sa requête au sein de l’administration municipale.

On s’attend aussi à ce que l’ombudsman se montre parfois très critique de l’administration municipale. C’est la nature même de la bête de mettre le doigt sur les bobos et de les afficher au grand jour. Cela aura toujours le don de faire enrager le pouvoir en place. Mais l’ombudsman doit le faire avec une rigueur exemplaire, pas en employant des raccourcis, des généralisations ou en omettant de valider des faits auprès de l’administration, comme le lui reproche la vérificatrice générale.

Pour bien remplir son rôle, l’ombudsman ne doit pas en venir à se percevoir comme une espèce de Robin des Bois au secours de la veuve et de l’orphelin contre le méchant shérif de Nottingham — ici personnifiée par la Ville de Gatineau.

L’ombudsman n’est ni l’avocat du plaignant ni le procureur de la Ville, résume fort à propos la vg dans son rapport. Il n’a pas à écrire des lettres à la place des citoyens ou célébrer avec lui quand son dossier est résolu.

Je lisais le rapport de la vg et ça m’apparaissait évident. Le bureau de l’ombudsman est à la croisée des chemins. Soit qu’on mette la hache là-dedans — ce qui serait dommage, étant donné que dans l’ensemble, le bureau a fait œuvre utile depuis sa création.

Soit qu’on songe à se doter d’un ombudsman à temps plein, appuyé par un ou deux avocats. Il serait ainsi plus imputable et plus crédible qu’un groupe de bénévoles sans nul doute bien intentionnés, mais qui manquent parfois de formation pour exercer la délicate tâche de commissaire. Montréal a emprunté cette voie, Laval aussi.

Quand il a mis en place un bureau de l’ombudsman composé en grande partie de bénévoles, Marc Bureau était lié par une promesse électorale. Il avait promis que l’ombudsman ne coûterait pas plus cher que 200 000 $ par année. Pendant des années, ça n’a pas trop paru qu’on avait un bureau de l’ombudsman à rabais, tellement les bénévoles qui en ont fait partie ont payé de leur temps et de leur énergie.

Mais depuis les rapports 2015 et 2016, la réalité nous rattrape.