La mère d'Élizabeth Graham-Welton, Sarah Graham (à gauche) a pris part à la marche, lundi, en fin de journée.

Un moment d'inattention

CHRONIQUE / Sarah Graham a vécu peut-être la pire chose qui puisse arriver à une mère : perdre son enfant chéri.
Il y a un an, presque jour pour jour, sa fille de 13 ans, Élizabeth Graham-Welton, revenait en bicyclette de chez une amie lorsqu'elle s'est arrêtée à l'intersection de Lorrain et Chambord, à Gatineau.
Le pire du trajet était fait. Élizabeth venait de se taper sans encombre près de deux kilomètres sur la partie rurale du boulevard Lorrain, là où ça roule vite, là où la limite de vitesse est fixée à 70 km/h, là où l'accotement est parfois minimal et en mauvais état.
Élizabeth était presque arrivée à destination. Son père habite à deux pas de là. Ne restait plus qu'à traverser cette damnée intersection. Là où il n'y a ni stop, ni passage piétonnier, ni rien du tout, même si le quartier qui a poussé juste à côté de la route est plein de familles et de jeunes enfants.
Comme ses parents lui avaient enseigné à le faire, Élizabeth est descendue de son vélo afin d'attendre le bon moment pour traverser l'intersection. Elle a jeté un coup d'oeil à gauche, puis un coup d'oeil à droite... Sauf qu'elle a oublié de jeter un deuxième et dernier coup d'oeil à gauche, vers le virage serré qui précède l'intersection, par où le danger peut surgir au tout dernier instant...
Par où arrivait justement une voiture conduite par une jeune femme de 20 ans.
La mort d'Élizabeth a semé la consternation dans le quartier où elle comptait de nombreux amis et camarades de classe.  « C'était une fille qui aimait les gens et ne les jugeait pas, raconte sa mère en retenant difficilement ses larmes. Elle portait toujours un regard positif sur les gens. » Les parents du voisinage se sont sentis touchés au coeur par le décès d'Élizabeth. Leurs enfants aussi font du vélo dans le quartier et ils se sont vite identifiés au drame vécu par les parents.
Certains ont cherché un bouc émissaire. Il y a eu toutes sortes de rumeurs. Sarah a lu des horreurs sur les médias sociaux. Certains ont pris à partie la jeune conductrice de 20 ans qui respectait pourtant la limite de vitesse et qui n'a jamais été accusée de quoi que ce soit. Certains ont prétendu qu'elle avait tenté un dépassement dangereux et que c'est ainsi qu'elle avait embouti Élizabeth...
Sous le choc, Sarah ne s'est pas senti la force de répondre à l'époque. Près d'un an après la perte de sa fille, elle a ressenti le besoin d'apaiser les esprits.
« C'était un accident, a insisté Sarah Graham lundi soir, quelques minutes avant de prendre part à une marche destinée à commémorer la mort d'Élizabeth. C'est sûr que c'est fâchant et révoltant quand une pareille chose se produit. Mais c'était... un accident. On n'a pas à blâmer une personne. La jeune femme de 20 ans n'est pas plus fautive qu'une autre. »
Comme l'Association de quartier de Bellevue Nord qui l'a aidée à organiser la marche commémorative en l'honneur de sa fille, Sarah pointe plutôt l'intersection dangereuse et la lenteur du ministère des Transports du Québec à apporter des correctifs. Non seulement le MTQ refuse de baisser la vitesse à 50 km/h, il ne prévoit pas faire de travaux avant l'an prochain, notamment pour installer des feux à l'intersection.
« Pas plus tard que la semaine dernière, on a eu un autre décès à 250 mètres de l'endroit où Élizabeth a perdu la vie. C'est vraiment un endroit dangereux et on veut que quelque chose soit fait maintenant, même si c'est temporaire, insiste Mme Graham. C'est un endroit où les gens passent vite. Et le petit virage qu'il y a là, il est bien maudit. En moins de deux secondes, une voiture peut surgir du virage... et on n'a pas le temps de réagir. »
En tout cas, Élizabeth, elle, n'a pas eu le temps de réagir. À l'angle de Lorrain et Chambord, de nombreux bouquets de fleurs déposés par des parents, des proches, des amis et des membres du voisinage étaient là, lundi soir, pour le rappeler de bien triste façon.