Même la Ville de Gatineau admet son impuissance à faire respecter son propre règlement municipal sur les chiens potentiellement dangereux. Un très bon règlement, soit dit en passant.

Un mauvais pressentiment

CHRONIQUE / Une autre morsure de pitbull à Gatineau, un autre petit gars défiguré. Et encore, et toujours, la sidérante impression que les autorités sont impuissantes à nous protéger des bêtes féroces. Oui, on va euthanasier le chien. La belle affaire ! Il est un peu tard, non ?

Dans le reportage de TVA, j’entendais la directrice de la SPCA de l’Outaouais dire que le « comportementaliste » de service n’avait décelé aucun problème chez le chien qui venait d’être donné en adoption. Je veux bien que les pitous aient des émotions comme les humains. Je veux bien qu’on leur fasse passer des « tests d’aptitude » avant de les confier à leur nouveau propriétaire.

Là où j’ai de la misère à suivre, c’est que les tests sont les mêmes pour un chihuahua que pour un pitbull. Ne faudrait-il pas ajuster la grille d’analyse en fonction du degré de dangerosité ? Il y a peu de chances qu’un chihuahua vous arrache la moitié de la face dans un élan d’impulsivité. Alors qu’un pitbull, c’est autre chose…

On va encore nous dire qu’il n’y pas de mauvaises races de chien, que des mauvais maîtres. Encore là, je veux bien. Mais je note que, dans le cas qui nous préoccupe, on va s’empresser de mettre à mort le cabot. Alors que la propriétaire du chien, une amie de la mère du garçon, s’en tire sans aucune conséquence légale.

La police de Gatineau n’interviendra pas puisqu’aucune plainte n’a été déposée contre elle. Pas de plainte, pas de constat d’infraction…

Même la Ville de Gatineau admet son impuissance à faire respecter son propre règlement municipal sur les chiens potentiellement dangereux. Un très bon règlement, soit dit en passant. Il oblige entre autres le propriétaire à maintenir sa bête dans un enclos cadenassé, faute de quoi il doit la tenir en laisse et lui enfiler une muselière. Mais à quoi bon un excellent règlement que la Ville de Gatineau est incapable d’appliquer faute de ressources suffisantes ?

Je sais, il n’y a pas de solution facile. L’Ontario a carrément interdit les chiens de type pitbull, mais avec des résultats mitigés quant au nombre de morsures. Le Québec n’a pas voulu emprunter le chemin de l’interdiction totale. On a préféré laisser aux villes le soin de réglementer à leur guise les chiens dangereux. Avec des résultats également mitigés.

J’entendais le conseiller Gilles Chagnon promettre de ramener le dossier des chiens potentiellement dangereux à la table du conseil municipal d’ici l’été. C’est la moindre des choses dans les circonstances. Ne nous berçons pas d’illusions. Aucune ville n’arrivera jamais à contrôler totalement les chiens dangereux sur son territoire.

Mais il faut trouver le moyen de sévir contre les propriétaires de chiens qui prennent trop à la légère leurs responsabilités.

J’écoutais le père du garçon attaqué narrer sa funeste soirée de vendredi dernier à l’antenne de TVA.

Il racontait le « mauvais feeling » qui l’habitait au moment de déposer son fils dans une résidence où vivait depuis peu le pitbull donné en adoption. J’écoutais son histoire et je me disais que c’est encore, à défaut de mieux, notre meilleure défense contre les chiens dangereux : nous fier à nos funestes pressentiments et redoubler de prudence.