De toute évidence, les Gatinois sont encore méfiants face à cette bibitte qu’on appelle un parti politique.

Un maire affaibli

CHRONIQUE / Cette victoire doit avoir un goût amer pour Maxime Pedneaud-Jobin.

Oui, il est réélu à la mairie de Gatineau. Mais il y retourne sans cette majorité de conseillers issus de son parti Action Gatineau qu’il souhaitait obtenir pour réaliser son programme électoral à la vitesse grand V.

Au contraire, certains des candidats vedettes d’Action Gatineau ont mordu la poussière dimanche, notamment l’ex-conseiller Aurèle Desjardins, l’avocate Véronic Boyer et la directrice de Centraide, Nathalie Lepage. Le conseiller sortant Richard Bégin a été vaincu dans son fief de Deschênes contre ce curieux animal politique appelé Mike Duggan, qui siégeait avec lui dans l’ancien conseil.

De toute évidence, les Gatinois sont encore méfiants face à cette bibitte qu’on appelle un parti politique. Ils ont renvoyé M. Pedneaud-Jobin à la mairie, mais sans lui donner cette majorité dont il rêvait. Gatineau se retrouve donc avec un maire sous surveillance pour encore quatre ans. Le message est clair: les électeurs de Gatineau ont encore besoin d’être convaincus que leur ville a besoin d’un parti politique à la Maison du Citoyen, à plus forte raison d’un parti politique composé d’élus d’Action Gatineau.

Mais vous pouvez être sûr d’une chose. Le temps du parti politique unique à Gatineau est révolu. Un, peut-être même deux nouveaux partis verront le jour d’ici au prochain scrutin. Les candidats indépendants ont vu à l’oeuvre la machine électorale d’Action Gatineau sur le terrain. Et même si les résultats finaux sont décevants pour le parti du maire, ils vont sérieusement penser à s’allier pour lui donner la réplique.

L’autre aspect décevant de cette élection pour M. Pedneaud-Jobin, c’est qu’il a obtenu moins de la majorité des votes, contrairement à 2013. Même que si cette élection avait été une course à deux, au lieu d’être une course à 5, le maire sortant aurait très bien pu perdre dimanche soir. Il peut remercier ses adversaires, notamment Denis Tassé et Sylvie Goneau, d’avoir divisé le vote en sa faveur.

M. Pedneaud-Jobin ressort donc écorché de cette élection. Même s’il aura réussi à faire élire un conseiller de plus de son parti à la table (ce n’était pas clair au moment de mettre sous presse), il démarre ce mandat moins fort qu’en 2013. Dans son discours de victoire, le maire réélu se réjouissait que son programme, le programme d’Action Gatineau, ait été choisi par la population. Peut-être, mais avec seulement 45 % des suffrages en sa faveur, c’est déjà moins clair qu’en 2013 alors qu’il avait obtenu 53 % des appuis.

Dans l’autre camp – j’allais dire dans le «parti» des indépendants – plusieurs des conseillers qui ont critiqué le maire au cours des quatre dernières années ont été réélus. C’est le cas de Louise Boudrias, Jocelyn Blondin ou Marc Carrière pour n’en nommer que quelques-uns. D’autres élus indépendants qui ont travaillé avec le maire, comme Daniel Champagne ou Gilles Carpentier, sont pressentis comme de futurs candidats à la mairie en 2021. Il faudra voir s’ils collaboreront aussi bien cette fois, ou s’ils décideront de créer leur propre parti politique.

L’autre grande déception de cette élection n’a rien à voir avec les candidats. C’est le taux de participation, toujours aussi anémique. Et toujours aussi incompréhensible. Les médias ont abondamment couvert cette campagne. Les candidats à la mairie ont participé de bonne grâce aux débats électoraux. Ils ont serré des milliers de mains. Ils ont élaboré des cadres financiers, des programmes électoraux détaillés…

Que faudra-t-il donc pour intéresser la population à la politique municipale? Deux partis politiques au lieu d’un?