Andrée Lavoie a vu son compte de taxes municipales grimpé de 81 %.

Un goût amer d’injustice

CHRONIQUE / Même un très bon règlement municipal peut créer son lot d’injustices. Parlez-en à Andrée Lavoie. Son compte de taxes municipales a explosé de 81 % cette année en raison de la nouvelle taxe sur les terrains vagues desservis à Gatineau.

Cette nouvelle taxe visait au premier chef les vastes stationnements et les grands espaces vides du centre-ville. 

Comme je le disais, c’est une bonne taxe, destinée à forcer les gros joueurs immobiliers à développer leurs terrains.

Sauf que cette taxe, aussi louable soit-elle dans ses intentions, frappe par la bande de modestes propriétaires fonciers. 

Comme Mme Lavoie. La retraitée de 74 ans est propriétaire d’un terrain vague situé juste à côté de sa résidence principale, rue Edgar-Chénier, dans le Vieux-Hull. 

Un terrain vague qu’elle bichonne avec amour et qu’elle a transformé en une jolie cour ceinturée de grands arbres et d’une haie de cèdres monumentale.

Sur son terrain vague, Mme Lavoie cultive des groseilles et des gadelles. Avec les baies de son genévrier, elle prépare même un gin sans alcool. 

« Vous en voulez un verre ? » m’a-t-elle demandé en sortant une bouteille du frigo. 

« Volontiers », ai-je dit. 

L’amertume de la première gorgée m’a fait grimacer. 

Mais au final, le breuvage est bon et rafraîchissant. 

Du ginger ale — mais en moins sucré.

Bien sûr qu’Andrée Lavoie savait ce qu’elle faisait quand elle a acquis sa maison et le terrain vague d’à côté, il y a quelques années.

« J’ai acheté les deux terrains parce que ça me donnait une grande cour et un espace de verdure à côté. C’était une rareté dans notre secteur où les terrains ne sont pas très grands. J’ai d’ailleurs eu plusieurs offres d’achat que j’ai refusées. »

Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’à la réception de son dernier compte de taxes. 

D’un seul, les taxes associées à son havre de paix passaient de 1400 à 2570 $. 

Une hausse subite de 1000 $ qu’elle a avalé de travers. 

Elle a eu beau plaider que son « terrain vacant » est entretenu, arboré, et que d’y ajouter une construction résidentielle viendrait à l’encontre de la politique environnementale... rien à faire.

« La Ville de Gatineau s’en tient mordicus à sa définition d’un terrain vague desservi, déplore-t-elle. Dans mon cas, ça ne m’incite pas à redévelopper le terrain. Je n’ai pas l’argent pour cela ! Ça m’incite plutôt à déménager. C’est comme si la Ville cherchait à nous pousser en dehors de notre maison. À nous exproprier en fait. »

Même le conseiller municipal du district Hull-Wright, Cédric Tessier, admet que la nouvelle surtaxe ne ciblait pas des gens comme Andrée Lavoie. 

Sauf que la loi provinciale n’autorise par une municipalité à faire des exceptions lorsque vient le temps de taxer les terrains vagues desservis. 

« La règle doit être la même pour tout le monde. C’est dommage pour la dame. Mais pour le bien collectif, et le développement intelligent de notre ville, je pense que la taxe est nécessaire », dit-il.

Pour tout dire, Mme Lavoie ne sait plus vers qui se tourne. 

La Ville de Gatineau lui a suggéré d’entamer des démarches pour remembrer les deux terrains en un seul.

Mais à supposer que cette tentative ait la moindre chance de succès, elle a calculé qu’il lui faudrait débourser au moins 5000 $ pour arriver à ses fins. 

Elle songe aussi à un recours collectif, mais désespère de trouver d’autres propriétaires dans la même situation qu’elle. 

En attendant, elle garde de cet épisode un goût aussi amer qu’un breuvage aux baies de genévrier…