La réaction du conseil municipal envoie un drôle de message aux promoteurs immobiliers.

Un drôle de message

CHRONIQUE / Cette controverse autour d’un projet immobilier dans le cœur historique du Vieux-Aylmer a quelque chose de surréaliste.

Nous ne sommes pas ici devant un débat comme celui des tours Brigil où un promoteur avance un projet tellement immense, tellement démesuré par rapport à ce qui est prévu dans un secteur donné, qu’il suscite inévitablement des grincements de dents.

Dans le cas du 22, rue Principale, ce n’est pas ça du tout. Au contraire, on est ici devant un promoteur qui se fend en quatre, depuis presque trois ans, pour satisfaire les préoccupations de tout le monde. Il modifie ses plans deux fois plutôt qu’une pour harmoniser son projet avec le patrimoine bâti du secteur. Il en réduit la hauteur, il sacrifie des logements, il change le revêtement, la fenestration, dans une tentative de satisfaire les doléances tout à fait légitimes de l’Association du patrimoine d’Aylmer.

Et quand il finit par présenter un projet 100 % conforme à la réglementation municipale, un projet qui a obtenu des recommandations favorables de presque toutes les instances concernées, du service de l’urbanisme au ministère québécois de la Culture, en passant par le comité consultatif d’urbanisme, qu’est-ce que le conseil municipal lui dit ?

Désolé monsieur, on ne peut pas approuver votre projet.

On l’achale encore pour qu’il change une fenêtre mal foutue à l’étage. L’absurdité suprême ? L’administration lui avait demandé de reculer son bâtiment pour l’aligner avec les autres sur la rue. Or mardi, le conseil municipal a refusé d’entériner la dérogation mineure lui permettant de le faire. Où est la logique ?

Je comprends le promoteur d’y perdre son latin !

Chose certaine, la réaction du conseil municipal envoie un drôle de message aux promoteurs immobiliers. Certains auront l’impression que peu importe ce qu’ils font pour satisfaire les demandes de tout le monde, ce ne sera jamais assez.

Je vous signale en passant qu’on ne détruit rien de patrimonial pour faire place au projet de ce promoteur. Le nouvel immeuble à condos serait construit sur un stationnement, en face d’un dépanneur.

Ceci étant dit, cette controverse autour du 22, rue Principale démontre surtout comment la réglementation actuelle est déconnectée des aspirations des citoyens d’Aylmer. Et même des élus du secteur, qui souhaitent que les enjeux patrimoniaux soient davantage pris en compte dans la conception des projets.

C’est pourquoi Gatineau doit absolument clarifier ses attentes par rapport aux projets immobiliers qu’elle s’attend à avoir dans le Vieux-Aylmer. Je pense que la conseillère municipale Audrey Bureau est dans la bonne voie en proposant de préparer un plan particulier d’urbanisme (PPU) pour le secteur.

Un PPU, c’est ce qu’on a élaboré dans la municipalité voisine de Chelsea pour encadrer le développement du secteur « village » sans pour autant en sacrifier le charme champêtre. Avec succès jusqu’ici.

Maintenant, faut-il aller jusqu’à créer un comité du patrimoine comme le suggère Mme Bureau ?

Nul doute qu’une telle instance aiderait à mieux protéger le patrimoine existant, et à s’assurer que les nouvelles constructions s’harmonisent mieux avec l’architecture des trop rares quartiers patrimoniaux encore intacts à Gatineau.

Il faut cependant y réfléchir à deux fois avant de créer de nouvelles structures à Gatineau, une ville déjà critiquée pour la lenteur de sa bureaucratie et la lourdeur de sa réglementation.

Quoique dans le cas du patrimoine, un enjeu trop souvent défendu par les mêmes irréductibles, avec les moyens du bord, il y a clairement lieu de créer une instance où toutes les parties peuvent s’exprimer lorsqu’un nouveau projet est mis sur la table.