Marysa Nadeau, candidate péquiste dans Hull, a bien tiré son épingle du jeu alors que Marc Carrière, candidat libéral dans Chapleau, a été égal à lui-même.

Un débat surprenant et rafraîchissant

CHRONIQUE / S’il faut choisir un gagnant au débat électoral organisé mardi soir à l’UQO, je dirais Marysa Nadeau, la candidate du Parti québécois dans Hull.

Des 5 candidats en lice, c’était elle la mieux préparée, la plus allumée, surtout sur les questions d’éducation, un milieu dont elle est issue. C’est elle qui a lancé les meilleures attaques.

Parlez-en à Mathieu Lacombe, le candidat de la CAQ dans Papineau, qui en a vu de toutes les couleurs. Mme Nadeau ne l’a pas lâché une seconde quand elle a réalisé qu’il était incapable de nommer un seul engagement de son parti en environnement.

Talonné par la candidate péquiste, Lacombe a patiné, il a dit qu’elle n’avait qu’à aller regarder la plateforme de la CAQ, voire à écouter les nouvelles. Il lui a même reproché son insistance… qui était tout à fait justifiée. L’auditoire n’a pas été dupe et a bien vu que l’ancien chef d’antennes de TVA était incapable de répondre. Il a eu l’air fou sur cette séquence.

M. Lacombe avait pourtant bien commencé la soirée en insistant lourdement sur les 40 ans de règne libéral en Outaouais. Un monopole qui a desservi la région, a-t-il insisté à plusieurs reprises. Les gouvernements libéraux ont fini par considérer la région comme acquise, et voilà comment on s’est retrouvé avec un sous-financement chronique en santé et en éducation.

Il a raison, l’Outaouais gagnerait à être représenté par différents partis politiques. C’est quand même un député péquiste, Jean Alfred, qui a réalisé l’hôpital de Gatineau à la fin des années 1970. C’est plate, mais ce sont souvent les régions convoitées et représentées par plusieurs partis qui obtiennent l’oreille du gouvernement. Notre système politique est ainsi fait qu’il fonctionne mieux quand la concurrence entre les partis est à son meilleur. Parlez-en à Régis Labeaume, le maire de Québec. Il a obtenu un nouveau Colisée de 400 millions pendant que l’Outaouais peinait à se faire subventionner un petit aréna de 4000 places.

Pour en revenir aux caquistes, vous noterez qu’ils ont mis la pédale douce sur leur promesse de construire un troisième hôpital urbain en Outaouais. Ils ont réalisé, un peu tard, qu’il leur faudrait du personnel médical pour le faire fonctionner. Compte tenu de la pénurie de personnel, ce sera très difficile, voire impossible à accomplir dans le délai de 5 ans que s’était donné leur chef François Legault.

Marc Carrière était là pour défendre le bilan libéral en Outaouais. Le député sortant de Chapleau a été égal à lui-même : solide, sans être flamboyant. Lui aussi a eu à faire face aux attaques répétées de Marysa Nadeau sur la santé, l’éducation et le développement régional qui ont été mis à mal par les deux années d’austérité du gouvernement Couillard. M. Carrière a fait valoir la future faculté de médecine, la superclinique Médigo, l’urgence pédiatrique et les fonds d’appui au rayonnement des régions (FARR) qui ont remplacé les anciennes structures régionales (CLD et CRE) abolies par les libéraux.

La surprise de ce débat, c’est peut-être le candidat conservateur du Québec dans Hull, Jean-Philippe Chaussé, dont la page Facebook abonde de photos d’armes à feu. Entendre un si jeune homme — il a 24 ans — avoir des idées aussi conservatrices sur le rôle de l’État et la fiscalité est surprenant. Des idées qu’il a tout de même su exprimer d’un ton clair et articulé.

Un autre jeune qui a surpris, c’est Milan Bernard, le candidat de Québec Solidaire dans Gatineau. Lui aussi s’est avéré un excellent débatteur. Il a mis en boîte les candidats des vieux partis à une ou deux reprises, au grand plaisir d’un auditoire où il semblait compter plusieurs fans. Dans son mot de la fin, il dit s’être engagé dans le but de lutter contre le « cynisme grandissant » en politique. Je trouve que le programme de Québec Solidaire, avec son cadre financier largissime, n’est pas exactement de nature à combattre le cynisme envers la politique. Mais Milan, oui, en raison de sa fraîcheur, de son idéalisme et de sa vivacité d’esprit.

Mathieu Lacombe de la CAQ a regretté qu’on n’ait pas beaucoup parlé de l’Outaouais dans ce débat de 90 minutes. Je suis d’accord avec lui. On a parlé de la région surtout par la bande, à travers les grands engagements des partis qui auront, c’est vrai, des répercussions en Outaouais. Il me semble quand même que cette élection manque de projets rassembleurs pour la région.