La CCN a intensifié les fouilles archéologiques au parc du lac Leamy.

Un clin d’œil des ancêtres

CHRONIQUE / Au début, Josh Odjick n’était pas trop sûr de ce qu’il avait trouvé sur l’un des nombreux sites de fouilles archéologiques du parc du lac Leamy, à Gatineau. Sans le savoir, il venait de faire la découverte archéologique de l’été.

Le jeune Algonquin de Kitigan Zibi a contemplé un moment la pierre d’une quarantaine de centimètres de long qu’il venait de dénicher dans les bois. « Ça ressemble à un outil », a-t-il conclu, intrigué par cet objet qui ne ressemblait en rien aux poteries et aux pointes de flèches découvertes jusqu’ici.

Il est passé à deux doigts de rejeter la pierre avant de l’enfouir dans son sac, au cas où. En se disant qu’il allait la montrer à Ian Badgley, l’archéologue de la Commission de la capitale nationale (CCN) responsable des fouilles publiques au parc du lac Leamy.

Une décision qui allait s’avérer inspirée.

Josh fait partie des étudiants algonquins embauchés dans le cadre d’un nouveau partenariat avec la CCN. Ce n’est que justice que des membres des Premières Nations soient impliqués dans ces fouilles annuelles. Après tout, c’est une bonne partie de leur patrimoine qui est enfoui le long des berges.

Pendant des siècles, des milliers d’autochtones ont convergé chaque année vers cet endroit situé à la confluence de trois rivières, l’Outaouais, la Gatineau et la Rideau. C’était comme le DIX30 de l’époque. Un immense carrefour situé au confluent des autoroutes navales. Des peuples venus d’aussi loin que de la Baie d’Hudson, du Labrador ou du sud des États-Unis y venaient chaque année troquer des biens, ou conclure des traités.

Chaque matin, Josh se lève à 5 h et part de Maniwaki pour venir travailler sur le site archéologique de Gatineau. « Ça perturbe mon cycle de sommeil, mais j’adore ça », me raconte-t-il en riant.

Les fouilles se font en bordure de la rivière. Il faut marcher une dizaine de minutes dans les bois pour accéder au site. Le décor est enchanteur avec le 24, Sussex, la résidence du premier ministre, qui s’élève de l’autre côté de la rivière. En marchant dans la forêt, on tombe sur les ruines des anciens chalets de la Gatineau Boom Company.

Chaque matin, Josh Odjick se lève à 5 h et part de Maniwaki pour venir travailler sur le site archéologique de Gatineau.

La CCN a intensifié ses fouilles archéologiques sur le site au cours des dernières années. C’est que les inondations, de même que l’érosion des berges menacent les milliers d’artefacts autochtones enfouis à cet endroit.

En visite sur le site vendredi, le premier dirigeant de la CCN, Mark Kristmanson, parle même d’une crise mondiale.

« Avec les changements climatiques et l’élévation du niveau des eaux, on doit redoubler d’efforts pour récupérer des artefacts et mieux comprendre la présence autochtone sur ces berges. Il faut se dépêcher avant que ça disparaisse ! »

Encore cette année, de nombreux bénévoles, encadrés par des archéologues, ont mené des fouilles intensives. Josh et les autres participants ont découvert des tonnes de poteries, d’outils et de pointes de flèche qui datent de 500 à 2000 ans, soit avant l’arrivée des Européens.

Le site est d’une richesse archéologique exceptionnelle. « Certaines journées, on a ramassé jusqu’à 30 livres d’artefacts sur moins de 100 mètres de berge », raconte Nicholas Lackey, un historien de l’université Carleton.

Quand Josh a finalement montré sa drôle de pierre à l’archéologue en chef, il a compris qu’il avait fait toute une découverte. « C’était un marteau de pierre datant de 5000 ans », s’enthousiasme-t-il, les yeux brillants.

À cette époque lointaine, l’Outaouais était encore recouvert par la mer de Champlain. L’endroit où se trouvait le marteau était un îlot perdu au milieu de l’immensité liquide. Les voyageurs s’y arrêtaient pour bivouaquer.

C’est donc dire qu’un jour, il y a très, très longtemps, un des ancêtres de Josh a oublié son marteau sur l’îlot. Et c’est lui qui le récupère, des millénaires plus tard. Le jeune Algonquin se sent pris de vertige quand il songe à ce clin d’œil venu d’un lointain passé.

« Ce sont des témoins de mon histoire qui se trouvent ici. Ça me permet de me faire une idée de comment nos ancêtres fabriquaient des poteries ou cuisaient les aliments. »

Ron Bernard, un membre du conseil de bande de Pikwakanagan, rappelle que les Premières Nations se transmettaient jadis le récit de leur histoire grâce à la parole. « Avec la perte de notre tradition orale, je pense qu’il est primordial que ces artefacts soient récupérés et préservés. Avec l’espoir qu’un jour, nous aurons les ressources pour les étudier et mieux comprendre ce que ce site a d’intéressant à raconter à propos de notre passé. »