Jessica Bedard et son fils Théo Trottier, trois mois, ont bénéficié du programme de la Fondation OLO.

Théo, le glouton

CHRONIQUE / Jessica Bédard était assise sur le futon du salon, le petit dernier accroché à son sein. Elle m'avait prévenu que c'était le bordel dans son logement. Je l'avais rassurée : t'en fais pas, le bordel, je connais. Tu devrais voir mon bureau et j'ai des enfants moi aussi.
Alors oui, il y avait des jouets, des vêtements et des affaires éparpillées dans le salon. Mais rien pour déranger Théo. Le petit a lâché le sein de sa mère, avant de lâcher un rot satisfait. Je me suis penché pour lui chatouiller le bedon. Théo s'est mis à battre des bras en gazouillant. Un gros bébé glouton de 3 mois en pleine santé.
Ils sont six à vivre dans ce petit logement de Gatineau. À 25 ans, Jessica est déjà mère de quatre enfants âgés de six ans et moins. La petite famille s'organise du mieux qu'elle peut, bien souvent avec pas grand-chose. Jessica n'a pas d'emploi. Le père, Simon Trottier, 26 ans, travaille dans le domaine de la construction.
Bref, Jessica s'inscrit en plein dans la clientèle cible de la Fondation OLO. Depuis 25 ans, l'organisme offre des oeufs, du lait et des oranges à des femmes enceintes qui vivent sous le seuil de faible revenu de Statistique Canada. L'organisme a aidé 15 000 femmes l'an dernier au Québec, dont 630 en Outaouais.
Après s'être inscrite au CLSC de Gatineau, Jessica a profité du programme OLO durant ses quatre grossesses. À partir de la 12e semaine et jusqu'à la 40e semaine, elle obtenait des coupons échangeables à l'épicerie contre du lait, des oranges et des oeufs, de même que des suppléments vitaminés.
Au fil des mois, elle a senti une différence sur sa santé, mais aussi sur le budget familial.
« Le panier d'épicerie est rendu tellement cher !, dit-elle. Pour les oeufs, ça va encore. Mais le prix de 4 litres de lait peut grimper jusqu'à 6 ou 7 $. Les coupons d'OLO, ça nous permet de souffler un peu à la fin du mois », dit-elle.
Au CLSC, on lui a remis de la documentation préparée par la Fondation OLO. Une brochure avec des recettes faciles à préparer, mais aussi des trucs pour manger santé sans que ça coûte une fortune. Jessica achète des aliments en plus grande quantité, elle prépare ses purées elle-même, elle congèle les surplus...
« Si tu gères ton budget comme il faut, tu vas arriver à nourrir tes enfants adéquatement, assure-t-elle. Et moi, je vais acheter du lait même si ça me coûte un bras et une jambe. C'est de la gestion serrée, mais il faut savoir mettre nos priorités à la bonne place ! »
Ce qu'il y a de bien avec la démarche de la Fondation OLO, c'est qu'on est dans la prévention pure. Le pari de départ de l'organisme, c'était de mieux nourrir les femmes enceintes pour qu'elles accouchent de bébés plus gros - et donc ayant plus de chances de se développer normalement.
La beauté de l'affaire, c'est qu'une récente étude de l'Université du Québec à Montréal vient de prouver que l'approche OLO est non seulement efficace, mais aussi rentable.
Les chercheurs ont démontré qu'avec un coût moyen de 543 $ par bébé, l'intervention OLO est rentable dès la naissance. Elle permet d'économiser entre 600 et 700 $ en coûts d'hospitalisation en raison de problèmes de santé liés au faible poids.
Mieux, l'étude tend à démontrer que le programme favorise la réussite scolaire plus tard durant l'enfance !
En notre époque où c'est souvent les programmes de prévention qui font les frais des compressions en santé, ça donne à réfléchir.
Jessica dit que ses quatre bébés sont nés avec un poids normal. Mais le plus glouton, c'est Théo. D'ailleurs, le voilà qui commence déjà à chigner et à réclamer le sein de sa mère.
Je me suis penché de nouveau pour lui chatouiller le bedon. « Allez mon Théo, il te reste sûrement un peu de bonne humeur ? »
Il a pouffé de rire, le coquin.