Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin

Terre plate et cannabis

CHRONIQUE / Je trouve qu’il faut un certain courage au maire Maxime Pedneaud-Jobin pour aller exposer son point de vue sur la légalisation du cannabis en commission parlementaire à Québec.

Le gouvernement de François Legault a de toute évidence déjà fait son nid dans ce dossier pour des raisons essentiellement idéologiques. Peu importe ce qui se dira à cette commission parlementaire, il semble clair que le premier ministre ira de l’avant avec une hausse de l’âge légal à 21 ans et le bannissement de la substance de tous les espaces publics.

Surtout que le maire de Gatineau arrive à Québec en proposant une approche qu’il qualifie lui-même de « contre-intuitive » dans un mémoire par ailleurs excellent et très bien documenté. Au lieu de punir les fumeurs de pot, Gatineau préférerait les soutenir. Que ce soit avec de robustes campagnes de sensibilisation. Ou encore en offrant aux gens des lieux extérieurs appropriés pour consommer du cannabis, tout comme elle le fait pour le tabac.

J’ai lu avec intérêt le mémoire de la Ville de Gatineau et il excelle à déceler les contradictions de l’approche caquiste. Parce qu’en interdisant le pot dans les endroits publics, le gouvernement Legault pénalisera clairement les locataires et les plus démunis qui n’auront plus d’endroits pour fumer un joint en toute légalité.

Ils auront le choix entre fumer dans leur logement, souvent au mépris des conditions de leur bail et en exposant leur entourage à la fumée secondaire. Ou ils pourront fumer illégalement sur la voie publique, risquant de se faire arrêter par un policier. Quand on y pense, c’est complètement incohérent de contraindre des gens à fumer du pot à l’intérieur. On a mis des années à convaincre les fumeurs d’aller en griller une à l’extérieur. Où est la logique ?

Autre contradiction, le gouvernement Legault n’arrête pas de répéter qu’il tiendra compte de la situation frontalière de l’Outaouais dans ses décisions. Or le voilà prêt à hausser l’âge légal à 21 ans au Québec, alors que celui-ci est de 19 ans dans la province voisine de l’Ontario. Encore une fois, où est la logique ? Les Québécois de 19-20 ans iront s’approvisionner en pot de l’autre côté de l’Outaouais.

J’entends le gouvernement Legault clamer que la consommation de pot peut déclencher des psychoses et des maladies mentales chez les jeunes consommateurs. Personne ne nie cela. Mais cette réalité existait bien avant la légalisation. Désormais, les jeunes n’auront plus à se cacher pour fumer un joint. Ils vont pouvoir s’approvisionner en toute légalité, et se procurer des produits contrôlés. Surtout, on va les bombarder d’informations sur les dangers de consommer du pot. Avec les jeunes, convaincre est souvent plus efficace que réprimer.

Je comprends les gens de se méfier de la légalisation. Après des années de prohibition, notre cerveau s’est habitué à ce raccourci facile : trop permettre le pot, c’est comme en encourager la consommation.

Alors que ce n’est pas si simple.

Dans le débat sur la légalisation, on oublie vite, trop vite, que l’interdit n’a jamais découragé les fumeux de pot, ni éradiqué le commerce illégal. Au contraire, la proportion de consommateurs de cannabis a même augmenté de 3 % au Québec entre 2008 et 2015, soit les années qui ont précédé la légalisation.

Le gouvernement Legault plaira sans aucun doute à sa base électorale en durcissant l’encadrement du cannabis légal au Québec et en rejetant les approches plus nuancées, mais « contre-intuitives » comme celle de Gatineau.

Or l’intuition, puisqu’on en parle, n’est pas une mauvaise chose en soi. Mais il faut s’en méfier. Si on se fiait uniquement à notre intuition, on croirait encore bien naïvement que la Terre est plate…