Les chauffeurs de taxi ont manifesté lundi partout à travers le Québec.

Taxi : pour le meilleur ou pour le pire ?

CHRONIQUE / J’essayais de me faire une tête sur la modernisation de l’industrie du taxi au Québec. Si c’est compliqué ? Presque autant que de trouver un taxi au centre-ville de Hull, après l’heure de fermeture des bars…

J’entendais les chauffeurs de Gatineau crier à l’« expropriation sauvage ». Ils sont furieux contre la déréglementation décrétée par le ministre François Bonnardel qui fera perdre toute valeur à leurs permis de taxi.

Difficile ne pas compatir aux histoires de ces chauffeurs. Dans certains cas, ils ont hypothéqué leur maison pour acquérir un permis. D’autres comptaient sur la revente de leur titre pour financer leur retraite.

En même temps, ce n’est pas d’hier que Québec parle de déréglementer l’industrie du taxi. J’entendais des histoires de gens qui ont acheté des permis de taxi à gros prix dans les derniers mois. Ceux-là ont joué gros en toute connaissance de cause.

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Tout le monde s’entend pour dire que les chauffeurs de taxi « traditionnels » ont droit à une compensation puisque c’est Québec qui a changé les règles de l’industrie en cours de route. À commencer par le ministre Bonnardel qui offre de leur verser un demi-milliard. Les chauffeurs de taxi estiment plutôt leurs pertes à 1,3 milliard et sont prêts à emprunter le sentier de la guerre pour obtenir gain de cause.

On peut parier que le montant final se situera quelque part entre les deux. Mais si les chauffeurs veulent garder l’appui de la population dans le bras de fer qui s’annonce, ils ont intérêt à baisser le ton. Ce n’est pas en traitant le premier ministre François Legault et son ministre Bonnardel d’« assassins » qu’ils s’attireront la sympathie de la population.

Sur le fond, aucun doute qu’il fallait moderniser les règles de l’industrie du taxi trop rigides pour s’adapter aux nouvelles technologies.

Les libéraux de Philippe Couillard ont tergiversé sans se résoudre à aller de l’avant. À l’opposé, les caquistes ont mis moins de 6 mois avant d’ouvrir toutes grandes les portes de la province à Uber et compagnie. 

Ont-ils bien mesuré les conséquences de leur projet de loi ? Est-ce que cette réforme, bien que nécessaire, profitera réellement à l’usager comme elle prétend vouloir le faire ? C’est moins clair.

Ailleurs, la déréglementation de l’industrie du taxi a produit des effets pervers. Ainsi, le ministre Bonnardel espère mettre fin aux polluants et inutiles « voyages à vide » des taxis. Sauf qu’à Londres et New York, la croissance du nombre de chauffeurs Uber a eu l’effet inverse, soit d’augmenter la congestion routière et l’émission de gaz polluants.

Est-ce que les fêtards du Vieux-Hull peuvent espérer un service plus rapide avec la déréglementation ? À court terme, l’abolition des territoires de desserte et des quotas par agglomération permettra aux taxis de circuler plus librement. Et de se rendre directement là où la demande est la plus forte. Mais c’est le service de taxis dans les banlieues, comme Buckingham ou Aylmer, qui pourrait en souffrir.

Québec prédit que la concurrence accrue dans l’industrie du taxi profitera aux consommateurs. Les usagers pourront magasiner les meilleurs prix grâce aux applications mobiles des Uber, Lyft et autres. Il reste que durant certaines périodes achalandées – à la sortie d’un spectacle ou durant un festival – les prix risquent d’être prohibitifs. Qui sait si on ne s’ennuiera pas alors du bon vieux tarif fixe de taxi qu’on connaît aujourd’hui.