En septembre dernier, nous vivions des circonstances exceptionnelles. Toute une communauté était sous le choc. Gatineau vivait un lendemain de catastrophe naturelle.

Silence injustifié

CHRONIQUE / Ainsi, la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais aurait imposé le silence à ses profs après la tornade et l’incendie qui ont forcé la fermeture prolongée de l’école secondaire Mont-Bleu en septembre dernier. Interdiction de parler aux journalistes!

Des entrevues déjà prévues avec des enseignants auraient même été annulées par la CSPO. Motif invoqué: le sacro-saint devoir de loyauté envers l’employeur. Un syndicat d’enseignants dénonce cette politique de l’omertà dans un texte signé par mon collègue Daniel Leblanc.

«Quand il y a des situations particulières, pourquoi les enseignants ne peuvent-ils pas s’exprimer sur ce qu’ils vivent, les difficultés et les pistes de solution? Ils avaient des choses intéressantes à dire, mais n’ont pas pu le faire. C’est inacceptable», déplore la présidente du Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais, Suzanne Tremblay.

Oui, c’est inacceptable.

Je veux bien, le devoir de loyauté. Je ne le remets pas en question. En situation normale, cela va de soi qu’un employé doit éviter de faire des déclarations de nature à causer préjudice à son employeur. C’est une limitation tout à fait correcte, et largement appuyée par la jurisprudence, du droit à la liberté d’expression.

Sauf qu’en septembre dernier, nous vivions des circonstances exceptionnelles. Toute une communauté était sous le choc. Gatineau vivait un lendemain de catastrophe naturelle. Les médias voulaient savoir comment les profs entrevoyaient la suite des choses alors que l’école secondaire Mont-Bleu se dirigeait vers une fermeture prolongée. C’était quoi de leur laisser le micro pour les laisser s’exprimer sur une situation tragique pour eux et leurs élèves?

La CSPO a préféré leur imposer le silence. Par peur de perdre le contrôle du message? Pour protéger l’image de l’organisation? J’imagine qu’il y a un peu des deux. Dans les jours qui ont suivi la tornade, la CSPO a été critiquée pour sa lenteur à divulguer de l’information aux parents et pour son manque de transparence sur les scénarios de reconstruction/démolition de Mont-Bleu.

Mais cette consigne du «silence» illustre surtout, à mon avis, une incompréhension du rôle des médias.

Je comprends qu’en situation de crise, la CSPO ait voulu contrôler son message, afin d’éviter d’alarmer inutilement la population. La commission scolaire voulait s’assurer que l’information qui circule sur la place publique soit exacte. C’est tout à son honneur.

Mais il y avait moyen de laisser les profs parler aux journalistes — quitte à leur rappeler la mission de l’organisation et à leur souffler quelques messages clés à l’oreille. La majorité des enseignants a assez de jugeote pour s’exprimer publiquement sans mettre leur employeur dans le trouble.

La Ville de Gatineau l’a très bien compris. En situation de crise, elle a appris à collaborer avec les médias. La municipalité autorise régulièrement ses fonctionnaires à donner des entrevues aux journalistes, particulièrement en situation de crise. Tout n’est pas parfait, loin de là. Mais à la fin, tout le monde y trouve son compte.

C’est le genre d’attitude ouverte et transparente qui devrait inspirer la CSPO. Avec un minimum de souplesse, il y a toujours moyen de concilier le devoir de loyauté à l’employeur avec la liberté d’expression et le droit sacré du public à l’information.