Maryse Gaudreault, candidate libérale dans le comté de Hull.

Sans filet de sécurité

CHRONIQUE / Au début, l’auditoire n’a pas compris où le monsieur voulait en venir avec son histoire de lunettes. Il se plaignait de ce qu’on lui avait fait retirer ses lunettes à la SAAQ pour la photo de renouvellement de son permis de conduire.

Oui, et alors ?

« C’est juste que la 4e personne en file, avec son sac de patates sur la tête, sa burka, ils l’ont laissée faire. Alors que moi, on m’a fait retirer mes lunettes pour le photo. Et il a même fallu en reprendre une deuxième parce que je souriais sur la première ! »

La scène se passe dans la salle communautaire d’un HLM du secteur Hull. Une vingtaine de résidents sont venus, ce matin-là, poser des questions à la candidate libérale dans Hull, Maryse Gaudreault. La députée sortante m’avait averti : ce genre de rencontre avec le public prend parfois une tournure… imprévue.

Un moment de silence a suivi l’intervention du monsieur. Tout le monde s’est tourné vers Mme Gaudreault, assise devant, pour voir comment elle réagirait à ces propos franchement racistes. « Pour recevoir des services de l’État, a-t-elle tranché sans perdre son calme, c’est à visage découvert. Donc c’est impossible qu’elle se soit fait poser avec une burka. »

Le gars n’a pas eu le temps de protester que Mme Gaudreault enchaînait en disant que le Québec a besoin de l’immigration pour combler ses besoins criants de main d’œuvre, et que ce n’est pas en exigeant des tests de valeur et la connaissance du français après trois ans, comme le veut la Coalition Avenir Québec, qu’on y arrivera. « La CAQ aurait expulsé une bonne partie des Portugais arrivés ici dans les années 1960 ! » fait-elle remarquer.

Le monsieur ne lâche pas le morceau. « J’ai pas hâte de voir un juge arriver au tribunal avec sa capine ! » Le voilà reparti à pester contre la charte des droits trop permissive à son goût, contre la policière de Montréal qui souhaite travailler avec son hijab, contre les immigrants qui nous disent quoi faire au lieu de s’adapter. Tout le manuel du parfait raciste y passe.

Mme Gaudreault finit par mettre fin à l’échange. « On n’est pas d’accord », constate-t-elle. Finalement, c’est l’organisatrice de la rencontre qui se lève pour prendre la défense de la députée sortante, accusant le monsieur de proférer des mensonges.

En sortant de la rencontre, Mme Gaudreault me glisse à l’oreille : « Quand je te disais qu’on se lance dans ce genre d’exercice sans filet de sécurité… »

En effet.

L’ex-conseiller municipal Claude Millette l’accompagne dans sa tournée électorale. Que ce soit au centre communautaire ou à la résidence pour personnes âgées, il réchauffe la salle au profit de la candidate libérale. Parfois, il lui vole même la vedette auprès des électeurs qui le connaissent mieux que la députée !

Il n’hésite pas à vanter le travail de Mme Gaudreault, rappelle qu’elle a travaillé avec l’ex-député Roch Cholette avant se lancer elle-même en politique provinciale. « Maryse sera grand-maman en décembre », glisse-t-il au passage, créant des oh! et des ah ! attendris parmi l’auditoire.

Lors d’une pause dans un Tim Horton, Claude Millette semonce la candidate. « Fais pas juste dire au monde d’aller voter. Vante un peu ton bilan ! » Mais Maryse Gaudreault refuse de pousser la note.

« Le monde me connaît, ce n’est pas la première fois que je viens les voir ! », se défend-elle, après la visite du centre de travail adapté Laro, dans le parc industriel de Hull.

De fait, les employés handicapés semblent bien la connaître. « Je vais voter pour toi, lui confie l’un d’eux. Même que les autres candidats qui se présentent ici, je refuse de leur serrer la main ! »

Entre deux séances de poignées de main, Maryse Gaudreault confie qu’elle est allée servir des repas avec Itinérance Zéro, un groupe citoyen qui parcourt les rues de Gatineau pour aider les itinérants. L’expérience, dit-elle, l’a bouleversée.

« On a préparé des repas, mais aussi distribué du shampoing, des brosses à dents, des seringues et des trousses de naloxone. Quand tu dis que la nuit, tous les chats sont gris… C’est venu me chercher cette soirée-là. Je suis venue en politique pour aider les gens. Surtout les sans-voix. Ce sont eux qui ont le plus besoin de moi. »