Mark Kristmanson a accepté de nombreux cadeaux pendant qu’il était à la direction de la CCN. Ce dernier a été remplacé, jeudi, par le conseiller municipal d’Ottawa Tobi Nussbaum.

Révolue, l’ère des petits cadeaux

CHRONIQUE / Le grand patron de la Commission de la capitale nationale (CCN), Mark Kristmanson, a accepté des cadeaux qu’un homme dans sa position n’aurait pas dû accepter. Et il a reçu un blâme bien mérité de la part du commissariat aux conflits d’intérêts et à l’éthique.

Parfois accompagné de sa conjointe, M. Kristmanson a accepté des invitations à des réceptions, des concerts et des spectacles de la part d’organisations qui devaient transiger avec la société d’État et qui avaient intérêt à l’influencer, d’une manière ou d’une autre.

Le blâme est mérité même si, jusqu’à preuve du contraire, nous ne sommes pas ici devant le scandale du siècle.

Mark Kristmanson n’a pas accepté d’argent qu’on lui glissait en dessous de la table. Il n’est pas question de corruption. On nage plus ici dans les eaux troubles de l’apparence, voire du conflit d’intérêts.

Le rapport porte sur une douzaine d’épisodes où M. Kristmanson a accepté des cadeaux alors qu’il n’agissait pas dans le cadre de ses fonctions officielles. Il se défend en disant, essentiellement, que ses prédécesseurs faisaient la même chose. Une défense faible qui démontre son retard sur les mentalités.

M. Kristmanson devrait savoir qu’un titulaire d’une importante charge publique comme lui doit laver plus blanc que blanc depuis le scandale des commandites et la commission Charbonneau. L’époque des petits amis qui s’échangeaient des faveurs et des billets de spectacle sur le bras est révolue. Les citoyens n’acceptent plus ce genre de choses et exigent plus de rigueur de la part des gestionnaires de fonds publics.

D’autres politiciens l’ont mieux compris que lui.

Sauf exception, le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, reçoit les promoteurs dans son bureau plutôt qu’au restaurant. « Il y a eu, à une époque, une trop grande proximité entre les gens d’affaires et l’appareil politique. Je pense que faire ça dans mon bureau lance le message qu’on est au travail. Ça protège tout le monde. C’est une question de perception et d’éthique. On n’est pas une bande d’amis qui font des affaires ensemble », confiait plus tôt cette semaine M. Pedneaud-Jobin dans un tout autre contexte.

C’est ce qu’a oublié M. Kristmanson en acceptant d’aller dîner, puis d’assister aux Grands Feux du Casino en compagnie de Jeff Westeinde, grand patron de Windmill Development, mais aussi administrateur d’une corporation appelée Place des Festivals.

Depuis plusieurs années, Place des Festivals se butait au refus de la CCN de lui confier la gestion du parc Jacques-Cartier qu’elle voulait transformer en espace de spectacles et d’événements spéciaux.

M. Kristmanson lui-même a confessé que l’invitation de M. Westeinde lui semblait une tentative d’apaiser les tensions entre la CCN et Place des Festivals.

Le dîner n’a rien changé et la société d’État a maintenu son refus. Il n’empêche que cette proximité entre le premier dirigeant d’une grosse société d’État et un promoteur qui a un intérêt évident à l’influencer n’est pas souhaitable.

Toute l’affaire va peut-être mourir de sa belle mort. Le mandat de M. Kristmanson, qui prend fin en février, ne sera pas renouvelé. Il sera remplacé par le conseiller d’Ottawa Tobi Nussbaum, dont la nomination a été annoncée jeudi soir. L’occasion est belle de mettre un couvercle sur toute l’affaire.

Mais ce serait une erreur.

La CCN a piloté sous la gouverne de Mark Kristmanson l’immense dossier du redéveloppement des plaines LeBreton. Un dossier de plusieurs milliards mené, pour d’évidentes raisons commerciales, en grande partie derrière des portes closes. Si la société d’État veut conserver la légitimité nécessaire pour négocier avec le secteur privé dans ce dossier, elle doit démontrer qu’elle fait tout en son pouvoir pour se préserver des conflits d’intérêts potentiels. La CCN doit absolument rassurer la population sur ce point.