L’intervention policière musclée qui s’est soldée par le décès d’Abdirahman Abdi a envenimé la relation entre la police d'Ottawa et la communauté.

Regagner la confiance

CHRONIQUE / J’ai l’impression que nous n’avons pas fini d’entendre parler de Peter Sloly, futur chef de la police d’Ottawa – et tout premier noir à occuper ce poste.

Autant son prédécesseur Charles Bordeleau incarnait le flic de carrière, martial et peu volubile, autant Peter Sloly projette l’image d’un policier charismatique, progressiste et résolument moderne.

L’homme a des convictions bien ancrées. Et, de toute évidence, un franc-parler pour les défendre. Alors qu’il était chef adjoint de la police de Toronto, il a critiqué publiquement la gestion inflationniste du budget policier. Convaincu qu’on pouvait faire mieux qu’embaucher toujours plus de nouveaux agents pour combattre efficacement le crime et les gangs de rue. Une critique qu’on entend aussi à Ottawa, ces dernières années!

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Les propos controversés de Peter Sloly ont fait des mécontents parmi ses collègues. Peu après, il démissionnait subitement de son poste, en février 2016. Après 27 ans de service, il allait poursuivre sa carrière dans le secteur privé.

Pour vous faire une idée du personnage, allez sur YouTube. Il a donné une conférence TED en octobre 2017, alors qu’il était consultant dans le domaine de la sécurité. Peter Sloly y parle de courage. Notamment lorsque vient le temps d’essayer de nouvelles approches contre le crime. Il évoque les clowns pour régler la circulation dans les rues de Bogota. Ou encore ces «hubs» qui ont fait chuter la criminalité à Prince Albert en Saskatchewan.

Surtout, Peter Sloly insiste sur son parti pris en faveur des marginaux et des plus vulnérables de la société. Pour mieux combattre le crime, insiste-t-il, la police doit gagner la confiance des communautés. Et non se contenter d’appliquer aveuglément la loi. Une approche qui mérite d’être accentuée à Ottawa, où le phénomène des gangs de rue et des fusillades sème l’inquiétude.

Sur les réseaux sociaux, certains internautes se demandaient pourquoi les médias mettent autant l’accent sur la couleur de la peau de M. Sloly. D’abord, parce que la nomination d’un premier chef de police noir est une avancée qui mérite d’être soulignée. C’est une victoire en soi, comme l’a été par exemple l’élection de Barack Obama à la présidence des États-Unis.

La police d’Ottawa a aussi des ponts à rétablir avec la communauté noire qui se plaint de profilage racial. L’intervention policière musclée qui s’est soldée par le décès d’Abdirahman Abdi, en juillet 2016, est venue envenimer les choses. En février dernier, un rapport interne détaillait la crise de confiance, et même la crainte qu’inspirent les policiers d’Ottawa aux jeunes marginaux, Somaliens, noirs, autochtones et communautés arabes.

La nomination d’un chef de police noir n’est pas une garantie de résultats en soi. Mais elle envoie quand même un message d’espoir à ces communautés. «Cela fait des années qu’on attend pour que le chef de police soit une personne qui nous représente. Il pourra parler en notre nom, bien comprendre nos défis», se réjouissait Dahabo Ahmed Omer, membre de la coalition Justice pour Abdirahman Abdi.

Oui, des bandits méritent d’être arrêtés et jetés en prison, convient Peter Sloly dans son allocution sur YouTube. Mais il faut surtout que la police et les communautés apprennent à mieux se connaître et à travailler ensemble. C’est la meilleure manière de regagner leur confiance et leur respect. Et oui, ça demandera du courage de la part du nouveau chef de police. Ne serait-ce que pour convaincre ses troupes d’amorcer ce virage avec lui.