Le ministre Morneau n’a cessé de sourire à la lecture de son nouveau budget. Rien ne semblait vouloir ternir son optimisme.

Quand l’économie va...

CHRONIQUE / Vous connaissez cette chansonnette des aventures d’Astérix ? Quand l’appétit va, tout va, quand l’appétit va, tout va… Elle s’est mise à me résonner dans la tête alors que j’écoutais le ministre des Finances, Bill Morneau, défendre le budget fédéral. Sauf que dans son cas, ça sonnait plutôt comme : quand l’économie va, tout va…

Rien ne pouvait ternir le bel optimisme de M. Morneau mardi. Pourtant, l’incertitude plane sur l’avenir de l’ALÉNA dont les discussions se poursuivent sous extrême tension à Mexico. Des associations industrielles et des économistes exhortent le gouvernement Trudeau à réduire les impôts des entreprises comme viennent de le faire les États-Unis. D’autres le poussent à profiter de la situation économique avantageuse du Canada pour réduire les déficits et amorcer un retour à l’équilibre budgétaire avant que l’économie ne faiblisse.

Or il n’y avait rien de tout ça dans le budget du ministre Morneau. Pas de plan de retour à l’équilibre budgétaire. Pas de réductions d’impôts pour les entreprises. Plutôt un budget à saveur féministe, qui fait une belle place à l’équité salariale, la recherche scientifique, la protection de l’environnement et la réconciliation avec les peuples autochtones. Autant de grands projets sociaux comme les libéraux les aiment, tout à fait louables, mais qui coûtent cher à financer.

Mais pourquoi s’en faire avec les déficits qui s’accumulent année après année ? Quand l’économie va, tout va.

Et c’est vrai que ça va bien. Le taux de chômage au Canada est à un de ses plus bas niveaux depuis 40 ans. Le pays est en croissance. Le ratio dette/PIB du Canada est le meilleur des pays du G7. Vous l’ignoriez ? Bill Morneau a dû le répéter au moins 25 fois. Il a aussi dégonflé la balloune de la concurrence fiscale des États-Unis. Même avec les baisses d’impôts aux entreprises consenties chez nos voisins du Sud, les petites entreprises canadiennes demeurent les moins taxées du G7. La différence est minime dans le cas des grosses corporations. Pourquoi s’en faire ?

Vous vous rappelez des élections de 2015 ? Justin Trudeau avait cartonné dans les sondages en mettant au rancart cette fameuse obsession conservatrice de l’atteinte du déficit zéro. Pour stimuler l’économie, il proposait de consentir de légers déficits, qui ont finalement été beaucoup plus élevés que prévu.

Or ce plan a marché à merveille, il a donné de l’emploi aux Canadiens, a répété le ministre Morneau, qui semble vouloir poursuivre allègrement dans cette voie pavée d’optimisme. Justement, Monsieur le ministre, lui a demandé une journaliste. Si votre plan a marché, pourquoi continuer à mettre autant d’argent dans l’économie ? Quelles conditions devraient être réunies pour vous convaincre de réduire les dépenses du pays ?

Des réponses auxquelles le ministre n’a pas offert de réponses claires. Parce que s’il fallait que l’économie aille moins bien, que les taux d’intérêt augmentent, ce fameux ratio dette/PIB dont il s’enorgueillit pourrait se détériorer assez vite, tout comme la compétitivité du Canada par rapport à son puissant voisin américain.

Mais on n’en est pas là. Pour l’instant, l’économie va, alors tout va.

On peut reprocher aux libéraux leur côté jovialiste dans la gestion de l’économie. Mais l’approche conservatrice n’était pas exempte de dérives. Tout à son effort d’atteindre le déficit zéro, le précédent gouvernement de Stephen Harper avait mis en place un nouveau système de paye pour les fonctionnaires. Il devait permettre de générer des économies de plusieurs millions. Ça vous dit quelque chose ?

Toujours est-il que les libéraux tirent la plogue sur Phénix. Après s’être acharnés, peut-être un peu trop longtemps à le faire marcher. Faut-il en rire ou en pleurer ? On ne le sait trop. D’autant que le cauchemar des fonctionnaires n’est pas terminé. Ottawa prévoit dépenser encore 430 millions sur six ans pour régler le fiasco avant de le remplacer par un nouveau système.

S’il y a une leçon à tirer, c’est qu’il faut se méfier des promesses d’économie d’échelle. Au moment du lancement de Phénix, on estimait qu’il suffirait de 550 employés pour venir à bout des problèmes. Selon le dernier décompte, ils sont maintenant plus de 1500 à travailler là-dessus au pays…