Plus d’un millier de maisons verront le jour dans les champs qui bordent l’autoroute 5.

Préserver l’âme du village

CHRONIQUE / C’est fou, la vitesse à laquelle se développe Old Chelsea. Je rédige souvent mes chroniques du Biscotti, un petit café au charme « néo-rustique », situé en plein cœur du village. Au milieu de la clientèle de retraités, de jeunes familles et de randonneurs qui fréquentent l’endroit, je suis aux premières loges pour observer l’essor exponentiel du secteur.

Pendant des années, la petite communauté, composée d’une forte proportion d’anglophones, a résisté au développement immobilier qui touchait le reste de la périphérie de Gatineau. Des gens descendaient dans les rues pour s’opposer au développement à tout crin en brandissant des pancartes: « Bring back the cows! » Ramenez-nous nos vaches!

Sauf que sous l’ancien maire Jean Perras, la dégradation des installations sanitaires était devenue un réel problème de salubrité. La moitié des fosses septiques d’Old Chelsea n’étaient plus conformes et l’école du secteur manquait d’eau potable. La communauté ne pouvait plus faire l’économie d’un débat sur l’« urbanisation » du village, un mot qui faisait peur à bien des citoyens. Quelques années plus tard, Chelsea se dotait de nouvelles conduites d’aqueducs et d’égout au coût de 23 millions… permettant un développement à toute vapeur.

Plus d’un millier de maisons verront le jour dans les champs qui bordent l’autoroute 5. C’est déjà commencé. Multivesco est là, tout comme la ferme Hendrick… La valeur des lots vacants a déjà bondi de 20 % dans le rôle d’évaluation municipale. Parallèlement à cela, le secteur commercial connaît un élan appréciable. Le Spa Nordik ajoutera bientôt un hôtel de 60 chambres à ses installations déjà considérables, un investissement de 10-12 millions qui donnera de l’emploi à la jeunesse locale.

Mon collègue Julien Paquette nous parle aujourd’hui du projet immobilier de 26 millions comprenant des condos et des espaces commerciaux de la femme d’affaires Manuela Texeira. L’ex-présidente de Tourisme Outaouais a un gros mot à dire dans le développement commercial d’Old Chelsea, elle qui possède déjà le Chelsea Pub et le Biscotti.

Le danger, c’est qu’Old Chelsea devienne un jour victime de son propre succès. Que l’afflux de visiteurs et de nouveaux habitants tue le charme champêtre du village. Déjà que certains week-end, quand le temps est clément aux longues randonnées dans le parc de la Gatineau, des embouteillages se forment à l’entrée du village.

Ce qui est intéressant dans le cas de Chelsea, c’est que la ville a fait une réflexion collective pour se prémunir contre les pressions du développement immobilier. Dès 2009, il y a eu un grand débat sur l’urbanisation. Quarante pour cent de la population y a participé, dit la mairesse Caryl Green.

L’exercice a débouché sur un plan particulier d’urbanisme pour le village. Le PPU limite la hauteur des édifices et force les promoteurs à respecter certains critères architecturaux. On cherche à faire respecter l’esprit « rural » des lieux. Et à éviter que Chelsea soit envahi par ces commerces sans âme qui pullulent le long des autoroutes. « On veut être plus Westboro que Rockcliffe », résume la mairesse Green.

Le plan particulier d’urbanisme a déjà été mis à l’épreuve. Le Spa Nordik a demandé une dérogation pour construire un hôtel un peu plus élevé que la hauteur permise. Le conseil municipal a accepté, évitant ainsi la coupe de 200 arbres.

Je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec Gatineau qui a aussi adopté un plan particulier d’urbanisme pour son centre-ville en 2009. Un PPU que bien des gens étaient prêts à renier, 6 ans plus tard, pour accommoder un certain projet de 55 étages au centre-ville. Je sais, ce ne sont pas les mêmes enjeux. Je note seulement ce souci à Chelsea de préserver le caractère de ce qui existe déjà et de ne pas tout sacrifier à la modernité et aux promesses de création d’emploi et de revenus de taxes. Un réflexe salutaire.