Bientôt, les jeunes Gatinois iront rouler leurs joints à Ottawa.

Pot légal : le monde à l’envers

CHRONIQUE / Ai-je la berlue ? Le Québec est-il en train de devenir plus puritain que l’Ontario, sa prude voisine ?

En tout cas, le gouvernement de François Legault vient de faire passer à 21 ans l’âge légal pour acheter ou posséder du cannabis récréatif dans la Belle Province. En Ontario, cette limite demeure fixée à 19 ans - le même âge que pour la cigarette et l’alcool.

J’ai de la misère à comprendre la décision de François Legault. Il me semble que le premier ministre cède devant le discours de peur qui prévalait AVANT la légalisation, quand on craignait encore que les poteux de tous acabits envahissent les rues et les parcs de nos villes. Une menace qui ne s’est pas réalisée.

En haussant la limite à 21 ans, le premier ministre Legault veut décourager les jeunes de consommer du pot. Dans les faits, il risque surtout surtout de pousser cette belle jeunesse à s’approvisionner en cannabis auprès de leur pusher… comme avant la légalisation. Les revendeurs de rue pourront refiler à peu près n’importe quelle cochonnerie aux jeunes. C’est le crime organisé qui va être content.

J’écoutais le député libéral de Pontiac, André Fortin, talonner le ministre délégué à la Santé et aux services sociaux, Lionel Carmant, à l’Assemblée nationale. Je l’entendais répéter que l’approche caquiste va à l’encontre de la science et de l’avis des experts de la santé publique. « Le projet de loi qu’il dépose aujourd’hui ne fait rien pour protéger les jeunes ! », insistait André Fortin.

Moi aussi je me demande en quoi les nouvelles restrictions protégeront mieux les jeunes, y compris les jeunes à risque de développer des troubles psychotiques, une des préoccupations tout à fait légitimes du gouvernement Legault.

Si on veut envoyer un message très clair aux jeunes, à savoir que la consommation de pot peut provoquer de graves problèmes de santé mentale, une bonne campagne de sensibilisation ferait mieux l’affaire qu’un durcissement de la loi.

La légalisation du cannabis est au départ une démarche de santé publique. En augmentant les restrictions, le gouvernement Legault dénature cette approche. Il en refait un problème de sécurité publique. Hausser l’âge légal, interdire le pot dans presque tous les lieux publics, c’est un retour à une forme de prohibition. La prohibition qui a prouvé son inefficacité, qui gaspille des fortunes en répression policière, qui fait emprisonner des innocents… sans empêcher les gens de consommer.

Oui, la CAQ avait promis de faire passer l’âge légal à 21 ans en campagne électorale. M. Legault a juré de tenir ses promesses, ce qui est tout à son honneur. Mais il a aussi promis de reconnaître ses erreurs. Il en fait une en repoussant dans la cour des hors-la-loi tous ces jeunes Québécois de 18-21 ans. 

Dans la région frontalière d’Ottawa-Gatineau, la hausse de l’âge légal pourrait créer un tourisme du pot vers l’Ontario. Au temps peu glorieux des bars de la promenade du Portage, les Ontariens traversaient le pont interprovincial pour venir boire un coup au Québec. 

Bientôt, ce sont les jeunes Gatinois de 19-21 ans qui iront rouler leurs joints en Ontario. Le monde à l’envers !