Des jardiniers en herbe, qui veulent s’assurer d’en faire pousser « du bon », pourraient être tentés d’ajouter des pesticides pour stimuler la croissance de leurs plants.

Perte de temps

CHRONIQUE / L’heure est grave, mesdames et messieurs.

Ottawa veut permettre la culture à domicile d’un maximum de 4 plants de pot, mais Québec ne veut rien savoir.

Les ministres québécois Jean-Marc Fournier et Lucie Charlebois poussent les hauts cris.

Ils se disent dans leur bon droit. Québec a tout à fait le droit d’encadrer la légalisation du pot de manière plus restrictive qu’Ottawa, affirment-ils.

Ils reprochent à Justin Trudeau de manquer de respect envers le Québec.

Je plains déjà le pauvre policier qui devra faire appliquer les règles après la légalisation.

Sur le balcon d’une résidence de Gatineau, il aperçoit 4 plants de pot.

Il applique quoi ? Le Code criminel ou la loi québécoise ?

Nous voilà en plein cœur d’une chicane fédérale-provinciale.

Allez, tirons tous un peu sur notre joint de pot, mesdames, messieurs.

Voilà, on se sent plus calme ?

Sur le fond, je suis d’accord avec Québec.

Si la légalisation de la marijuana se fait vraiment dans une optique de santé publique, on devrait interdire la culture à domicile.

L’idée même de la légalisation, c’est de contrôler la qualité du cannabis, notamment la quantité de THC contenue dans les plants.

Actuellement, nos jeunes fument du pot qu’ils se procurent sur le marché noir, sans en connaître la composition exacte.

L’idée de la légalisation, c’est de dire : quoi qu’on fasse, nos jeunes fumeront du cannabis. Autant s’assurer qu’on en connaisse la teneur.

Or comment des gens qui font pousser du pot dans leur jardin, entre les concombres et les tomates, vont-ils en contrôler la qualité, hein ?

Des jardiniers en herbe, qui veulent s’assurer d’en faire pousser « du bon », pourraient être tentés d’ajouter des pesticides et autres cochonneries pour stimuler la croissance de leurs plants.

Ce sera difficile, voire impossible de contrôler la qualité des plants de pot cultivés à domicile.

Sur le fond, Québec a raison. Le fédéral devrait permettre aux provinces de réglementer la culture à domicile comme elles l’entendent.

Maintenant, est-ce que ça vaut la peine de mener toute une bataille autour de cet enjeu ?

Non.

Ottawa veut permettre la culture des plants à domicile pour contrer le marché noir. Mais dans l’optique où les prix du pot légal et du pot illégal vont finir par s’équilibrer — d’ici deux ans, selon des experts — il n’y a pas de gros enjeu là.

Peut-être qu’au début de la légalisation, il y aura un engouement soudain pour la culture de la marijuana à domicile. Certains vont se découvrir une soudaine passion pour le jardinage.

Mais ça passera assez vite. Comme toutes les modes.

On s’inquiète beaucoup des 18-25 ans. Toutes proportions gardées, ce sont eux qui consomment le plus de cannabis au pays.

Mais nos jeunes sont beaucoup plus habiles avec une manette de jeux vidéo qu’avec un sécateur.

S’ils veulent acheter du pot, ils vont s’en commander en ligne. C’est plus simple que de faire pousser des plants sur le balcon.

Cette chicane sur la culture à domicile est une perte de temps et ne fait qu’ajouter à la confusion ambiante.