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Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Les barrages entre le Québec et l'Ontario, aussi impressionnants soient-ils, arrivent avec une bonne longueur de retard sur le virus.
Les barrages entre le Québec et l'Ontario, aussi impressionnants soient-ils, arrivent avec une bonne longueur de retard sur le virus.

Personne n’est dupe

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CHRONIQUE / J’entendais des gens s’étonner lundi matin. C’est quoi l’idée d’établir des barrages routiers entre le Québec et l’Ontario si les policiers ne contrôlent même pas les gens?

À quoi bon, disaient d’autres, bloquer les ponts à 5 h du matin? À cette heure-là, on n’arrête pas des villégiateurs, des fêtards ou des magasineurs qui propagent le virus. On écoeure plutôt des travailleurs essentiels de la santé, de la construction ou du secteur de l’alimentation en route vers le boulot.

Là-dessus, je dis: laissons une chance au coureur. J’imagine que les policiers s’ajusteront au fur et à mesure. Et qu’ils intensifieront leurs contrôles les soirs et les fins de semaine. À suivre.

Autre absurdité (plus pour vous faire sourire celle-là). Pas loin de chez moi, je connais un gars d’Ottawa qui fréquente une Gatinoise. Il a l’habitude d’aller coucher chez elle tous les soirs. Pourra-t-il continuer de la visiter? Si on lit les décrets, c’est non, il n’est pas un travailleur essentiel…

Vous me direz qu’il y a des débats plus importants à faire, ces jours-ci, que le droit sacré de l’Ontarien à coucher chez la Québécoise.

Bien sûr.

N’empêche que, comme souvent depuis le début de cette pandémie, plusieurs d’entre nous cherchent la logique derrière les consignes sanitaires.

Pour ma part, je pense qu’il faut comprendre ces barrages routiers de la même façon qu’il fallait comprendre le couvre-feu au Québec. Avant d’être une mesure de santé publique, c’est un électrochoc destiné à envoyer un message fort à la population.

Bien des gens sont tellement écoeurés de la pandémie qu’ils n’écoutent plus les consignes de la santé publique. Ils ont l’impression qu’ils peuvent se relâcher, qu’on est près du but. Sauf que pour l’instant, les variants sont en avance dans la course les opposant à la vaccination massive.

Des policiers sur les ponts, c’est une manière de dire haut et fort: l’heure est grave, ne vous déplacez pas pour rien. Oui, ça dérange bien du monde. C’est le prix à payer pour faire passer le message. Même si, comme pour le couvre-feu qui pénalisait joggeurs et marcheurs du soir, les barrages routiers font des victimes collatérales parmi ceux qui respectent les consignes.

Le couvre-feu, malgré les doutes qu’on entretenait au départ sur son efficacité, a fini par faire son petit effet au Québec. Il en ira peut-être ainsi des barrages routiers.

Je note que si on en est là, c’est qu’autant en Ontario qu’au Québec, on ne s’est pas assez méfié des variants au cours des dernières semaines. Les gouvernements Legault et Ford ont voulu déconfiner trop vite.

Je me rappelle de certains points de presse du CISSSO où le ministre régional Mathieu Lacombe exhortait la population de l’Outaouais à faire preuve de vigilance. Dans le même temps, son gouvernement déconfinait les commerces, les écoles, les gyms, les lieux de culte…

Le variant en a profité pour prendre de vitesse les campagnes de vaccination massive. Si bien qu’aujourd’hui, les hôpitaux débordent des deux côtés de la rivière des Outaouais.

Des barrages routiers?

Pour le premier ministre ontarien Doug Ford, qui se fait accuser ces jours-ci d’avoir manqué de prudence face aux nouveaux variants, ils lui permettent de jouer à l’homme fort, de montrer qu’il a le contrôle de la situation. Sauf que personne n’est dupe. Ford aussi a mis trop de temps à imposer des restrictions.

Si bien que ces barrages, aussi impressionnants soient-ils, arrivent avec une bonne longueur de retard sur le virus.