Des touristes de partout à travers le monde viennent patiner dans la forêt de Dave Mayer à Lac-des-Loups.

Patiner dans les bois

CHRONIQUE / Jamais Dave Mayer n’aurait osé rêver d’un tel succès populaire. L’entrepreneur en construction a eu une idée folle en 2016 : aménager un sentier glacé de 3 km en pleine forêt, sur sa terre de Lac-des-Loups, en Outaouais. « Je m’attendais à avoir peut-être 3000 personnes la première année. Mais il en est venu 20 000 », raconte-t-il.

Au départ, son épouse Monique Robert et lui souhaitaient simplement partager la beauté du terrain boisé qui jouxte leur résidence et propriété familiale depuis 200 ans. M. Mayer s’est donc équipé d’un camion de pompier et d’une Zamboni pour entretenir sa patinoire en forêt. Avec l’appui du maire de l’époque, il a glacé son sentier, sans savoir si le public allait répondre à l’appel.

Or ils sont venus. En masse. Des vieux, des jeunes, des familles, en provenance surtout d’Ottawa et de Gatineau. Mais aussi des touristes qui ont eu vent de cet endroit extraordinaire via les réseaux sociaux ou par des amis. Des gens venus d’aussi loin que de l’Angleterre, l’Australie ou Israël, séduits par cette idée de patiner en pleine nature, entre les épinettes et les pins blancs, à 60 km de la capitale canadienne.

« Il y a des gens de Londres qui sont venus chez nous pour goûter spécifiquement ce qu’ils appelaient l’expérience canadienne. C’est drôle, parce qu’à la fin de leur séance de patinage, ils ont dit : tant qu’à être ici, aussi bien aller visiter Ottawa. C’est juste à côté », raconte M. Mayer en riant de bon cœur.

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Lors de notre passage à l’ouverture, jeudi matin, le chalet était déjà rempli à craquer. Quelques touristes, mais surtout de jeunes familles venues se dégourdir les jambes. Le photographe Patrick Woodbury et moi avons enfilé nos patins pour faire un tour de piste. M. Mayer venait juste de passer la Zamboni. La glace était parfaite. Pas une fissure en vue !

Des patineurs viennent d'aussi loin que de l'Australie pour patiner en forêt sur le domaine de Dave Mayer en Outaouais.

Étonnamment, malgré le grand nombre de patineurs présents sur le site, nous avons souvent eu l’impression d’être seuls au monde sur le sentier. Comme dans un film de Lars Von Trier, de fins flocons blancs tombaient au ralenti dans le silence du sous-bois. Accrochés aux mangeoires installées ici et là, des écureuils grignotaient paisiblement. L’endroit est propice aux demandes de mariages, nous a raconté M. Mayer, qui a vu des couples faire la grande demande chaussés de leurs patins. 

D’autres patinoires en forêt ont eu du succès en Ontario et au Québec. M. Mayer ne s’attend toutefois pas à voir proliférer ce genre de loisir. « Comme on dit en bon Québécois, c’est une maudite job », laisse-t-il tomber en guise d’explication. L’arrosage, le balayage et passer la Zamboni plusieurs fois par jour peut représenter jusqu’à 20 heures de travail quotidien. Une tâche que M. Mayer se répartit avec un neveu et un autre homme. C’est du travail, mais il se refuse à faire des concessions sur la qualité de la glace. « On a mis la barre haute et on ne veut pas décevoir notre monde », dit-il.


« Je m’attendais à avoir peut-être 3000 personnes la première année. Mais il en est venu 20000. »
Dave Mayer

À sa troisième année d’exploitation, l’entreprise contribue à faire rouler l’économie de La Pêche. « Les restaurateurs des environs savent tout de suite si j’ai une bonne ou une mauvaise journée », assure M. Mayer, qui a lancé son entreprise à ses propres frais, sans quémander l’aide gouvernementale. Mais de son propre aveu, la municipalité de La Pêche se fait plus stricte sur les normes à respecter. Il confie être en discussion avec le service du développement économique de la MRC des Collines en vue de continuer à faire croître son entreprise.

Si la météo est favorable, il espère battre son record de 20 000 visiteurs cet hiver. Il est d’humeur optimiste. « Je ne vois que des sourires ici », lance-t-il à la volée.

Et c’est vrai. Il y a beaucoup de mines réjouies parmi les patineurs aux joues bien rouges qui défont leurs patins dans la chaleur du chalet.