Si elle est élue maire, Sylvie Goneau ouvrirait toute grande la porte de son cabinet aux entrepreneurs.

Pas de favoritisme

CHRONIQUE / Ainsi, Sylvie Goneau ouvrirait toutes grandes les portes de la mairie de Gatineau aux entrepreneurs qui peinent à obtenir des permis ou à faire approuver leur projet.
Mieux, si elle était élue maire, un membre de son cabinet aurait comme tâche spécifique d'aider les entrepreneurs à obtenir des réponses de l'administration.
Et je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée.
C'est normal qu'un maire parle aux entrepreneurs de sa ville. D'abord, parce que ce sont des citoyens comme les autres. Ensuite, parce qu'ils jouent un rôle crucial dans le développement d'une ville et dans la création d'emplois.
Mais en leur donnant un accès privilégié au cabinet du maire, il me semble que Mme Goneau ouvrirait toute grande la porte à l'ingérence politique et à l'apparence de favoritisme.
Et ce n'est pas souhaitable.
Le maire, tout comme les autres conseillers, se doit de garder une saine distance avec les entrepreneurs. Les élus sont là pour représenter les citoyens, et pas les intérêts d'un promoteur en particulier.
Ce n'est pas pour rien que les entrepreneurs sont soumis à un ensemble de règles dès lors qu'ils veulent influencer un titulaire de charges publiques. Ils doivent notamment s'inscrire au registre québécois des lobbyistes afin de rendre leur démarche plus transparente.
Quant aux entrepreneurs qui se buteraient à une administration tatillonne ou injuste à leur égard, ils peuvent s'adresser à l'ombudsman de Gatineau. Le Protecteur du citoyen a démontré récemment qu'il n'hésitera pas à blâmer les services municipaux s'il estime que le contribuable a été lésé.
Il fut une époque où les promoteurs en menaient large dans les ex-villes de la communauté urbaine de l'Outaouais. Trop large. Depuis la fusion de 2002, la réglementation municipale a été resserrée pour éviter les excès du passé et mieux contrôler le développement.
Maintenant, est-ce que Gatineau a trop resserré la vis ? Il n'y a pas de doute là-dessus. Ce qu'on entend maintenant de la part des gens d'affaires et des développeurs, c'est que la bureaucratie et la réglementation sont devenues trop contraignantes.
Alors quand elle parle des difficultés des entrepreneurs à faire cheminer leurs dossiers à travers les dédales du service d'urbanisme et à obtenir des permis, Mme Goneau décrit un problème bien réel et documenté.
Mais plutôt que de s'ingérer politiquement pour faire avancer les dossiers, pourquoi ne pas s'attaquer au problème à la source ?
C'est ce qu'a fait le présent conseil municipal, dont fait partie Mme Goneau, en votant à trois reprises des allégements à la réglementation en vigueur.
En outre, toute la structure de développement économique et du service d'urbanisme a fait l'objet d'une réforme sans précédent. Si elle est élue à la mairie, Mme Goneau a d'ailleurs promis de réduire encore davantage la bureaucratie à l'urbanisme et de réembaucher des ingénieurs pour accélérer l'octroi des permis.
Voilà des propositions qui risquent d'amener plus de changements bénéfiques à long terme qu'un cabinet du maire qui s'ingérerait constamment dans le travail des fonctionnaires.