Même quand il est devenu évident que le train Phénix fonçait à toute vitesse vers un mur, ces cadres ont préféré mentir à leurs supérieurs plutôt que de lever le drapeau rouge.

On leur doit bien ça

CHRONIQUE / Le sénateur André Pratte se dit « consterné » de constater que personne au gouvernement fédéral n’ait été tenu responsable du désastre de Phénix. Il a raison !

C’est ce que j’écrivais après le dépôt du rapport du vérificateur général Michel Ferguson en mai dernier. Ce fiasco n’est la faute de personne et de tout le monde en même temps. Ce qui revient un peu au même.

Plutôt que de pointer des personnes du doigt, le vérificateur général avait préféré invoquer un problème de « culture » à l’intérieur de l’appareil gouvernemental.

Les cadres chargés de mettre en place le nouveau système de paie des employés fédéraux étaient à ce point obnubilés par le respect du budget et des échéanciers qu’ils en ont oublié toute prudence.

Même quand il est devenu évident que le train Phénix fonçait à toute vitesse vers un mur, ces cadres ont préféré mentir à leurs supérieurs plutôt que de lever le drapeau rouge.

Avec les conséquences que l’on sait : un système de paie qui devait permettre d’économiser 70 millions par année coûtera au moins 2,2 milliards juste à « stabiliser ».

C’est sans compter les coûts humains du fiasco et la facture pour remplacer éventuellement Phénix par un autre système plus fiable.

Bref, le sénateur André Pratte a raison de déplorer que personne n’ait été tenu responsable de la débâcle.

En même temps, le comité sénatorial qui s’est penché sur le fiasco Phénix, et dont il faisait partie, a peu fait pour identifier des responsables. Même s’il en avait le pouvoir, ce comité piloté par Percy Mockler a choisi de ne pas faire comparaître les trois cadres responsables de l’implantation de Phénix, ceux-là mêmes qui ont omis de lever les drapeaux rouges quand il en était encore temps.

Les sénateurs ont eu peur que leur comité se transforme en tribunal. Et qu’en rejetant la faute sur trois gestionnaires, on passe à côté du problème plus large de la « culture de gestion » et du manque de mécanisme de surveillance indépendants qui ont miné le projet Phénix. L’argument est valable. Il y avait effectivement un danger que les sénateurs aient l’air de se lancer dans une chasse aux sorcières.

Il reste qu’on est passé à côté d’une belle occasion en refusant de faire témoigner des acteurs clés de la débâcle. Leur comparution aurait permis de clarifier cette fameuse culture de gestion, cette « peur de l’erreur » qui a fait dérailler Phénix et qui demeure pour l’instant un concept intangible.

Or comment changer une culture qu’on est incapable de définir avec clarté ? Une culture, faut-il le rappeler, dont l’existence même est niée par Michael Wernick, grand patron de la fonction publique fédérale et greffier du conseil privé.

Au moins, les sénateurs tentent de remettre un peu d’imputabilité dans l’affaire Phénix.

Des milliers de fonctionnaires vivent encore dans l’incertitude et ignorent le moment où ils seront payés correctement. Le comité sénatorial recommande au gouvernement de s’engager formellement envers ses employés en leur disant à quel moment leurs problèmes de paie seront réglés une fois pour toutes. Se fixer des cibles de la sorte, même au risque de se compromettre, c’est une bonne idée. Le gouvernement fédéral doit bien ça à ses employés.