Maxime Pedneaud-Jobin, maire de Gatineau, et Francois-Philippe Champagne, ministre de l'infrastructure.

On devrait avoir peur

CHRONIQUE / J’étais jeudi à ce sommet sur les changements climatiques à Gatineau. Des scientifiques se succédaient à la tribune pour convaincre les maires de l’extrême urgence d’agir afin d’éviter une catastrophe environnementale.

Des discours qui devraient faire peur à tout le monde.

Le réchauffement climatique, a expliqué un scientifique aux maires, c’est comme si on était couché dans notre lit et qu’on ajoutait une couverture. Puis une autre, et une autre… sans pouvoir les retirer. Un moment donné, l’humanité finira par mourir étouffée sous les couvertures.

Une biologiste a expliqué qu’il reste aux villes une décennie pour réduire de moitié leurs émissions de gaz à effet de serre. Sinon, la nature, qui nous a toujours protégés, qui a toujours été notre alliée en produisant de l’oxygène et en absorbant le CO2, pourrait se retourner contre nous. Les tornades qui ont privé 900 familles de leur foyer, à Gatineau, ne se produiront plus seulement une fois de temps en temps, a averti la biologiste.

Un cardiologue a parlé de la pollution dans les grandes villes. Il a évoqué des expériences sur les souris. L’exposition à une forte pollution urbaine, conjuguée à une mauvaise alimentation, a bouché les artères des marsupiaux. Comme quoi, il n’y a rien de pire pour la santé que de bouffer du fast-food dans un centre-ville pollué, en conclut-il.

Les scientifiques ont insisté sur l’importance d’intensifier les efforts pour combattre les changements climatiques. Ils ont réitéré l’importance de construire des villes plus denses. Des quartiers plus ombragés. Ils ont dit qu’il faut cesser de dépendre des énergies fossiles. Miser plus sur l’électricité et l’éolien. Il faut s’inspirer des centres-villes européens, au lieu de perpétuer les centres-villes surpeuplés, invivables, pollués et propices au crime à l’américaine.

Les experts ont aussi dit qu’il faut plus de trains légers et… moins d’autoroutes.

De quoi faire réfléchir alors que les libéraux de Justin Trudeau viennent de relancer les discussions pour construire un sixième pont interprovincial dans la région d’Ottawa-Gatineau. Un pont qui favoriserait, de l’avis de plusieurs, l’utilisation de l’automobile. Or même la ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, applaudit l’idée d’un sixième lien. Pourtant, s’il y en a une qui a entendu la communauté scientifique sonner l’alarme sur le climat, c’est bien elle.

C’est ce que je trouve fascinant dans ces débats sur les changements climatiques. Ce décalage ahurissant entre le discours alarmant des scientifiques et la torpeur des politiciens ainsi que de la population en général. Les gens se disent : bien oui, la planète se réchauffe. Mais j’ai besoin de mon char. Et je prendrais bien un nouveau pont dans l’est pour me rendre plus vite au boulot.

Un des experts a eu ces sages paroles : ce n’est pas en continuant de faire ce qui a sabordé l’environnement qu’on réglera le problème du climat.

Les scientifiques ont beau essayer de nous faire peur, on ne change pas nos habitudes pour autant. Il faudra plus d’inondations, de sécheresses, de famines et de guerres pour que les gens réalisent l’urgence de la situation. Et encore !

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a réalisé que le naturel revient vite au galop après une catastrophe naturelle. Aux autres maires du Québec, il a raconté la bataille politique qu’il a dû mener, peu après les inondations de 2017, pour empêcher un concessionnaire automobile de bâtir son commerce… en zone inondable, à deux pas des zones sinistrées. Une partie du conseil municipal voulait autoriser ce projet au nom du développement économique.

Surréaliste, vous dites ? C’en est gênant.