Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Les travaux du futur aréna Guertin sont suspendus jusqu'à nouvel ordre.
Les travaux du futur aréna Guertin sont suspendus jusqu'à nouvel ordre.

On a l’air fin

CHRONIQUE / Vous pensiez que la saga du nouveau Guertin était enfin terminée? Erreur!

L’impasse financière dans laquelle se trouve Vision Multisports Outaouais (VMSO) a forcé la suspension, jusqu’à nouvel ordre, de l’immense chantier de 80 millions qui devait reprendre lundi prochain.

Il faudra débloquer quelques dizaines de millions supplémentaires avant de reprendre les travaux.

En attendant, on se retrouve, Gros-Jean comme devant, avec un complexe de 4 glaces à moitié terminé en bordure du boulevard de la Cité.

Oui, on a l’air fin.

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Les plus cyniques diront que c’est un autre projet soi-disant «clé en main», au prix de construction soi-disant «plafonné», qui finira par coûter plus cher que prévu à Gatineau.

Ils n’ont pas totalement tort.

Mais dans ce cas-ci, il faut admettre que la COVID est venue gâcher la sauce.

Le satané virus a durement ébranlé l’économie mondiale. Et, à plus forte raison, les organismes à but non lucratif. VMSO dépend essentiellement des revenus de son complexe Branchaud-Brière pour survivre. Or celui-ci est fermé pour cause de pandémie…

Dans les circonstances, Desjardins Entreprise refuse de décaisser de l’argent de son prêt à VMSO sans garanties additionnelles de la part des autres bailleurs de fonds.

Bref, autant se faire une raison: le Complexe 4 glaces coûtera plus cher que prévu. Et il y a fort à parier que ce sont les contribuables qui casqueront, d’une manière ou d’une autre.

Maintenant, il s’en trouve déjà pour faire le procès de ce projet audacieux. Il est trop tôt pour ça.

La Ville de Gatineau a opté pour une formule inédite afin de réaliser le Complexe 4 glaces. Un partenariat avec un organisme à but non lucratif, si inhabituel qu’il a dû être cautionné par un projet de loi privé du gouvernement.

Les travaux du futur aréna Guertin sont suspendus jusqu'à nouvel ordre.

C’était censé être un projet gagnant pour tout le monde. Le prix de construction était garanti par VMSO qui investissait 16 millions de sa poche et s’engageait à couvrir les dépassements des coûts de construction.

La part de Gatineau était plafonnée à 36,5 millions, celle du gouvernement du Québec à 26,5 millions.

Mais avec la COVID, tout cela ne tient plus.

Quelqu’un, quelque part, devra payer plus.

J’entendais la conseillère Louise Boudrias déchirer sa chemise. 

«Ce projet est un échec, le niveau de risque était trop élevé», clame-t-elle.

Trop élevé, le risque? Ça dépend pour qui. 

C’est vrai, si la Ville de Gatineau était maître d’oeuvre du projet, et non VMSO, le chantier reprendrait comme prévu lundi matin.

Par contre, les dépassements de coûts de plusieurs millions seraient entièrement à la charge de la Ville. Et Mme Boudrias serait la première à crier au scandale. Avec raison.

Or présentement, c’est Québec (et non Gatineau) qui lève la main pour renflouer le manque à gagner de VMSO. Normal. Dans le contexte d’une menace internationale, c’est aux gouvernements supérieurs de lancer les premières bouées de sauvetage.

Pour des raisons politiques, Gatineau ne voudra pas investir une cenne de plus dans la construction du nouveau Guertin. Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a trop à perdre, lui qui a misé sa crédibilité sur le «prix garanti» du projet et l’absence de risque pour les contribuables.

Mais la Ville pourrait très bien aider VMSO de manière détournée. Par exemple, en achetant davantage d’heures de glace dans le futur complexe de 4 patinoires. C’est à voir.

Dans tous les cas, il y a urgence d’agir pour éviter une suspension prolongée du chantier.

Tant le maire que le gouvernement du Québec doivent rassurer rapidement la population sur ce point.