Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Depuis jeudi, Québec permet aux proches aidants déjà connus des directions de CHSLD d’aller prodiguer des soins à leur être cher. Une directive qui en inquiète plusieurs.
Depuis jeudi, Québec permet aux proches aidants déjà connus des directions de CHSLD d’aller prodiguer des soins à leur être cher. Une directive qui en inquiète plusieurs.

Ne laissez pas entrer le démon

CHRONIQUE / Le démon.

C’est ainsi que Michel Laurin, dans son langage coloré, a surnommé la COVID-19.

Ces jours-ci, le retraité de 72 ans s’inquiète d’une chose.

De voir le démon s’infiltrer dans le CHSLD Bon séjour de Gatineau.

Sa chère Nicole, sa compagne des 52 dernières années, y séjourne depuis 2013, à la suite d’un AVC.

La source principale de son inquiétude?

Une directive controversée du gouvernement Legault que j’évoquais dans ma chronique de samedi. Depuis jeudi, Québec permet aux proches aidants déjà connus des directions de CHSLD d’aller prodiguer des soins à leur être cher. Même s’il pourrait être le premier en ligne pour réclamer un retour au chevet de son épouse, Michel Laurin s’oppose de toutes ses forces à la directive de Québec. Il craint que le retour des proches aidants ouvre toute grande la porte au redoutable virus.

«Le démon n’est pas entré chez nous. Ne le laissons pas rentrer», implore-t-il.

Dans ma chronique de samedi, je relatais que plusieurs médecins de la région s’opposent aussi au retour des proches aidants. Les CHSLD de l’Outaouais ont jusqu’ici échappé à l’hécatombe, exception faite de deux foyers d’éclosion mineurs. Le CISSS de l’Outaouais semble toutefois enclin à suivre la directive de Québec malgré les mises en garde des médecins.

«On me dit que la direction du CHSLD de ma femme compte suivre la directive, reprend Michel Laurin qui s’est informé auprès du personnel. Moi, je suis contre. C’est un trop gros risque. Si la COVID-19 s’infiltre dans nos CHSLD, comme elle l’a fait dans la région de Montréal, nous ne serons pas plus avancés…»

Le CISSS de l’Outaouais se voulait rassurant, vendredi, en garantissant que les proches aidants éventuellement réadmis dans les CHSLD feraient l’objet de vérifications rigoureuses.

«On a beau me dire qu’ils vont faire des tests, ça ne me rassure pas, reprend Michel Laurin. Ce sera quoi, les tests? Des évaluations de symptômes comme lorsque je suis allé faire prendre ma prise de sang à l’hôpital? Des questions comme: Toussez-vous? Mouchez-vous? Êtes-vous allé à l’extérieur du pays au cours des deux dernières semaines? C’est bien beau d’évaluer les symptômes. Mais ceux qui sont asymptomatiques, comment fera-t-on pour les détecter? Et si les gens mentent?»

«Je ne peux pas comprendre que la direction va laisser entrer le démon, reprend M. Laurin. Le personnel est motivé. Le moral est bon. Si on avait besoin des proches aidants pour donner un coup de main, je ne dis pas… Mais là, ils n’ont pas besoin d’aide. Tout va bien. Quand ils vont voir un proche aidant arriver, le personnel va soudainement être sur ses gardes, les médecins aussi. S’il n’y a pas de problème, ne rentrez pas le problème!»

À son retour de Floride, Michel Laurin a fait sa quarantaine. Puis il a téléphoné à l’infirmière du CHSLD. Pour demander s’il était possible de descendre Nicole au rez-de-chaussée, d’où il pourrait la voir à travers la fenêtre. «J’étais là, à 10 h. Nicole était dans son fauteuil roulant. Elle ne m’a pas regardé. Elle ne me reconnaît pas. Elle est dans un autre monde, ma Nicole.»

Pause au bout du fil.

«Je ne suis pas inquiet sur la qualité des soins qu’on lui prodigue. Elle est en CHSLD depuis le 31 octobre 2013. J’en ai pris soin pendant 4 ans avant qu’elle soit admise. Tout le temps que j’étais en Floride, des gens me donnaient des nouvelles d’elle. À mon retour, j’ai communiqué sur une base journalière avec les deux médecins et l’infirmière. Pour m’assurer que personne n’était infecté. Je ne veux pas recommencer à appeler tous les jours. J’en ai déjà assez avec mon propre confinement…»