Il est de plus en plus difficile pour les immigrants de dénicher un logement abordable et convenable à Gatineau.

Mieux vivre avec l’immigration

CHRONIQUE / « Immigrants sans toit », titrait la une du Droit de vendredi. D’une certaine manière, le phénomène des migrants, qui bouleverse profondément l’Europe et les États-Unis, est en train de rattraper Gatineau par la bande.

Voilà que des organismes peinent à loger les réfugiés qui arrivent à Gatineau, surtout les familles nombreuses. Faute de place, une famille syrienne de 5 enfants loge dans un organisme communautaire. Une autre, qui s’en venait à Gatineau, a été détournée vers Sherbrooke. Avec un taux d’inoccupation d’à peine 1,2 %, la région est en train de plonger dans une crise du logement comme au début des années 2000.

Ce n’est pas d’hier que les organismes se cassent la tête pour loger les grosses familles qui nous arrivent de Syrie ou du Congo. Le taux de natalité du Québec est famélique et le marché immobilier est à l’avenant. Il manque de logements avec 3 et 4 chambres à coucher.

Il n’y a pas panique en la demeure et la situation demeure sous contrôle à Gatineau. Il reste que tout cela est préoccupant alors que les phénomènes migratoires sont appelés à prendre de plus en plus d’ampleur.

L’Europe vit déjà une grave crise des migrants avec tout ce que ça implique comme bouleversements politiques, notamment la montée de l’extrême-droite. Aux États-Unis, Donald Trump joue sur la peur des migrants à grands coups de raccourcis intellectuels pour faire la promotion de son mur avec le Mexique.

Non sans se brûler les doigts, le chef caquiste François Legault a lui-même lancé un épineux débat sur les seuils d’immigration lors de la dernière élection provinciale.

Oui, le Québec est une société accueillante, disait essentiellement M. Legault. Oui, la province a besoin de nouveaux arrivants pour combler ses besoins en matière de main-d’œuvre. Mais encore faut-il s’assurer de bien les intégrer avant d’en accueillir plus.

Or pour bien intégrer les nouveaux arrivants, il leur faut apprendre le français, se trouver un boulot… et se loger de manière décente.

***

C’est donc par la crise du logement que la question de l’immigration pourrait rebondir à Gatineau.

Gatineau s’est toujours targuée, avec raison, d’être une ville hospitalière aux nouveaux arrivants. Ses façons de faire font d’ailleurs école ailleurs au Québec. Elle s’est fait remarquer par la tenue d’un sommet du vivre-ensemble, l’an dernier, qui devrait déboucher sur des recommandations pour la rendre encore plus accueillante.

La question du logement y sera assurément abordée de front. Si Gatineau veut demeurer l’un des principaux pôles d’immigration au Québec, elle devra s’assurer d’augmenter son parc de logements abordables, tout en évitant la formation de ghettos.

Dans le cas de Gatineau, la difficulté serait amplifiée par les critères des grandes entreprises immobilières qui pénaliseraient les familles immigrantes avec des critères trop sévères.

À titre de responsable des dossiers d’habitation au conseil municipal, la conseillère Maude Marquis-Bissonnette souhaite sensibiliser les propriétaires à la réalité des familles immigrantes.

Mais s’il le faut, Gatineau pourrait aussi forcer les promoteurs à inclure un certain pourcentage de logements abordables dans les grands projets immobiliers.

À Montréal, la mairesse Valérie Plante pousse déjà cette direction, elle qui a promis de construire 12 000 logements sociaux et abordables. Gatineau compte entamer sa propre réflexion sur les seuils de logements abordables à compter de l’automne 2019.

Espérons que cela ne débouchera pas sur un nouvel affrontement entre la Ville de Gatineau et les promoteurs immobiliers. Alors que les esprits ont tendance à s’échauffer dès qu’il est question d’immigration, le débat est toujours demeuré serein à Gatineau.

Comme société, on doit apprendre à mieux vivre avec l’immigration. On n’a pas le choix. Avec les changements climatiques qui provoquent de vastes déplacements de population, le phénomène continuera de prendre de l’ampleur.