Le projet d’agrandissement du Château Laurier rappelle un radiateur ou une prison, selon l’architecte de renom, Phyllis Lambert.

Mieux qu’un radiateur pour le château Laurier ?

CHRONIQUE / Le projet d’agrandissement du Château Laurier à Ottawa ? J’en pense comme l’architecte de renom, Phyllis Lambert. Elle a comparé la boîte carrée qu’on veut ajouter à l’hôtel historique à un radiateur. Ou à une prison.

Même le maire d’Ottawa, Jim Watson, a critiqué le projet d’agrandissement de l’entreprise Larco Investment. Il compare l’annexe projetée de 7 étages et 147 chambres à… un « conteneur maritime ».

J’espère de tout cœur que le conseil municipal d’Ottawa n’approuvera pas cette horreur. Et que les élus renverront les architectes à leur table à dessin mercredi, lors d’un vote très attendu. Dans le cas du Château Laurier, on peut, on doit faire mieux qu’ajouter une annexe sans âme à l’un des plus majestueux édifices du pays.

Le Château Laurier a été bâti en tout premier lieu pour en mettre plein la vue. D’où cette architecture romantique, toute en courbes, en pignons et en ornements. Les grands et les vedettes de ce monde y ont séjourné. De Pierre E. Trudeau à Mick Jagger, en passant par la reine Elizabeth II et Winston Churchill. Ce fut longtemps l’antichambre du Parlement. Un endroit où les politiciens négociaient des accords secrets dans une atmosphère enfumée.

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Le Château Laurier fait partie d’une série d’hôtels de style « château » construits au tournant du XXe siècle par les compagnies ferroviaires. Il est vite devenu un modèle et une inspiration. Pendant des décennies, le gouvernement fédéral a insisté pour que son style soit repris d’une façon ou d’une autre dans tous les bâtiments fédéraux à Ottawa. L’édifice de la Confédération et le toit de la Cour suprême s’inspirent du Château Laurier.

Dans leur projet d’agrandissement, les architectes de Larco n’avaient pas l’obligation de reproduire tel quel le style architectural du Château Laurier. Il leur fallait surtout en respecter l’esprit. Reprendre les éléments de l’époque, mais avec une nouvelle interprétation reflétant la culture, les valeurs modernes. Or même avec la meilleure volonté du monde, j’ai de la misère à voir en quoi le projet de Larco respecte l’âme du bâtiment original.

Il aura fallu cinq tentatives aux architectes de Larco pour finalement obtenir le feu vert du Comité de l’urbanisme de la Ville d’Ottawa. L’entreprise affirme avoir respecté toutes les exigences. Elle pourrait très bien poursuivre la Ville d’Ottawa si son permis est révoqué. Cette éventualité ne refroidit pas l’ardeur du conseiller municipal du quartier, Mathieu Fleury. Il est bien décidé à se battre jusqu’au bout pour forcer le propriétaire à revoir ses plans. Le jeu en vaut la chandelle !

Ceci dit, comment se fait-il que le conseil municipal soit appelé à prendre une décision aussi importante ? Les enjeux dépassent largement le cadre municipal et les ressources d’une ville. Le Château Laurier est situé sur un des sites les plus spectaculaires au Canada, à deux pas du parlement et de la gare Union. Il surplombe le canal Rideau, un site du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Pourquoi le gouvernement fédéral ne s’empare pas du dossier ? Après tout, Parcs Canada a reconnu le Château Laurier comme un lieu historique national au début des années 1980. Aux États-Unis, le gouvernement fédéral fournit des incitatifs fiscaux pour des projets touchant des propriétés historiques comme le Château Laurier. Dans le cas présent, un tel programme aurait pu s’avérer un puissant atout en motivant Larco à présenter un projet à la hauteur des attentes de la communauté.