Chaque jour, on trimballe dans nos poches un espion électronique qui nous suit pas à pas et épie nos moindres faits et gestes. Si la plupart d’entre nous l’acceptent, c’est peut-être parce que nous avons le sentiment d’être plus intelligents que la machine.

Mais pourquoi vivre sans cellulaire?

CHRONIQUE / Et vous, pourriez-vous vivre sans votre téléphone cellulaire et les médias sociaux ?

Ma collègue Isabelle Pion de La Tribune a interrogé des irréductibles qui résistent encore et toujours à l’envahisseur numérique. Des gens qui n’ont pas de cellulaire et n’en veulent pas. 

Des gens qui refusent d’adhérer aux médias sociaux. Et qui affirment se sentir plus libres ainsi.

Grand bien leur fasse ! 

Je ne vivrais pas sans mon téléphone cellulaire. 

J’en suis venu à le voir comme un prolongement de moi-même. 

Une excroissance de mon propre corps. 

Qui me permet, en quelques secondes, de vérifier des informations, d’acheter un livre ou de contacter quelqu’un à l’autre bout du monde. 

Pourquoi me priverais-je d’une technologie aussi extraordinaire ?

Mais d’une certaine manière, je comprends ces gens de résister. 

De vouloir vivre sans la tyrannie du cellulaire. 

Personne n’aime se faire manipuler. 

Et c’est ce que font ces bêtes numériques conçues expressément pour nous en rendre dépendants par leurs inventeurs.

Pensez à ces notifications qui nous sollicitent à toute heure du jour ou de la nuit, dans un souper en famille ou au volant de notre voiture.

Pensez au scrolling, une invention géniale qui nous permet de faire défiler du pouce des centaines et des centaines de pages Web jusqu’au petit matin. 

Souvent, je me dis que le scrolling est à la technologie numérique ce qu’était la nicotine à la cigarette. 

Un vicieux procédé pour nous en rendre dépendants…

Chaque jour, on trimballe dans nos poches un Big Brother miniature. 

Un espion électronique qui nous suit pas à pas et épie nos moindres faits et gestes. 

Qui recueille, le plus souvent à notre insu, une foule de données sur nous afin de mieux nous influencer et nous manipuler par la suite.

Dès qu’on s’aventure sur le Web, on s’expose à un arsenal de logiciels et de stratagèmes destinés à influencer nos opinions et nos comportements. 

Et pas nécessairement dans notre intérêt ni dans celui de la collectivité.

Les progrès technologiques ont transformé nos téléphones mobiles en armes de persuasion massive. 

Les Russes l’ont bien compris en tentant d’influencer la dernière élection présidentielle américaine. Et ils ne sont pas les seuls. 

Qu’on pense au scandale de Cambridge Analytica qui a permis aux troupes de Donald Trump de mettre la main sur des dizaines de millions de profils Facebook.

Dans le fond, le plus surprenant n’est pas que quelques irréductibles se rebellent contre les téléphones mobiles. 

C’est qu’il y en ait si peu compte tenu de l’influence que les géants du Web ont sur notre existence. 

Sans compter les institutions financières qui détiennent nos données personnelles sans qu’on sache trop si elles sont bien protégées.

Si l’Homme et sa copine ne se révoltent pas, c’est peut-être parce qu’ils ont le sentiment d’être plus intelligents que la machine. 

Ils jugent que cette bête numérique, capable de répandre le mal, la confusion et la haine, est aussi capable de faire le bien. 

De la même manière que l’énergie nucléaire peut semer la destruction ou sauver des vies.