L'opposition

CHRONIQUE / Il y a des ces maires qui semblent allergiques à toute contestation.
Ils perçoivent les élus en désaccord avec eux comme des trouble-fêtes à écarter à tout prix de leur chemin.
Ils voient toute atteinte à leur autorité comme un crime de lèse-majesté.
Ces maires-là ne reconnaissent pas qu'une opposition forte et bien renseignée fait partie des rouages indispensables de la démocratie.
Alors voilà, je ne connais pas assez le maire de Lac-Simon, Jacques Maillé, pour déterminer avec certitude s'il fait partie de cette catégorie de maire-là.
Mais il me semble clair qu'il a perdu de vue certains principes fondamentaux de la démocratie, mardi, en demandant à la police d'expulser deux conseillères municipales de l'hôtel de ville. 
Le crime des deux conseillères ? Chantal Crête et Odette Hébert se sont présentées à une réunion préparatoire du conseil municipal sans y être invitées. Au royaume du Lac-Simon, c'est apparemment un délit assez grave pour faire intervenir les policiers !
Ce n'est un secret pour personne dans cette localité de près de 900 habitants que les conseillères Crête et Hébert sont à couteaux tirés avec le maire et le reste du conseil municipal. On n'a pas apprécié leur contribution à un reportage-choc du quotidien The Gazette, en octobre 2014, sur l'ancien domaine des pères Sainte-Croix.
Depuis, les deux femmes sont bannies des rencontres préparatoires du conseil et de tous les comités municipaux. Dans une tentative de mieux contrôler le message, le maire a même fait adopter une politique, en avril dernier, exigeant que tous les conseillers avisent le maire avant d'accorder une entrevue à des médias. Les deux conseillères dissidentes ont crié à la censure...
Désolé, mais deux élues du peuple qui se présentent pour faire leur travail dans un lieu public comme un hôtel de ville, ce n'est pas un crime dans une société de droit. Le plus rassurant dans cette histoire, c'est que les agents de la Sûreté du Québec en sont arrivés à la même conclusion et ont refusé d'expulser les deux élues. Le différend s'est réglé de lui-même quand le maire a ajourné la réunion.
Le crime de lèse-majesté n'existe plus depuis belle lurette. Des élus ont le droit de contester le pouvoir en place même si on peut les trouver harcelants et les percevoir comme un frein au progrès. Ça fait partie des règles du jeu politique. Le plus triste, c'est que le maire Maillé a déjà annoncé son intention de contourner les règles en tenant les réunions chez lui ou ailleurs, ce qui lui permettrait de continuer à en exclure les deux conseillères.
En agissant de la sorte, non seulement le maire nuit-il aux efforts des élus de se préparer adéquatement aux réunions du conseil municipal, il donne aussi l'impression qu'il a des choses à cacher. Dans tous les cas, c'est malsain pour la démocratie municipale.
Parlant d'opposition...
À Gatineau, seule la conseillère Sylvie Goneau a manifesté jusqu'ici son intention de disputer la mairie à Maxime Pedneaud-Jobin en novembre prochain.
Et s'il y a une élue au conseil municipal de Gatineau qui peut prendre de la place et qui cherche par tous les moyens à marquer la distance par rapport au maire en place, c'est bien Sylvie Goneau.
Depuis deux semaines, Mme Goneau tentait de convaincre ses collègues du conseil municipal de se lancer dans une douteuse aventure d'aide internationale au Burkina Faso. Une majorité d'élus l'a suivie dans un premier temps avant de réaliser qu'une aventure africaine coûterait 360 000 $ sur quatre ans aux contribuables de Gatineau, sans aucune garantie de retombées économiques. Du coup, Mme Goneau a perdu la totalité de ses appuis dans ce dossier. Un dur coup pour la candidate à la mairie qui vante ses qualités de leadership et de rassembleuse.
C'est bien la preuve qu'il n'y a nul besoin d'appeler la police pour museler l'opposition. Parfois, il suffit d'attendre qu'elle se discrédite d'elle-même.