Patrick Duquette
L'église St-Andrew à Cantley a été démolie.
L'église St-Andrew à Cantley a été démolie.

L’histoire qu’on efface, morceau par morceau

CHRONIQUE / Chaque fois que j’écris sur la protection du patrimoine en Outaouais, j’ai l’impression de prêcher dans le désert.

Mais ça ne m’empêchera pas de le faire, encore une fois.

Dans Le Droit de samedi, mon collègue Mathieu Bélanger rapporte que la petite église presbytérienne St-Andrew, à Cantley, a été rasée.

Une église construite en 1877, effacée à tout jamais. En pleine pandémie, en pleine indifférence, alors que tous les yeux sont tournés vers la COVID-19.

C’était une petite église blanche de rien du tout.

L'église St-Andrew avait été construite en 1877.

Qui ressemblait davantage, pour tout dire, à une vieille grange qu’à une église.

Même les défenseurs du patrimoine conviennent que sa valeur patrimoniale était peu élevée.

D’ailleurs, aucune citation ne protégeait le bâtiment. C’est peut-être là une partie du problème!

Il reste qu’à Cantley, c’était l’un des deux ou trois bâtiments encore debout, avec l’église Sainte-Élisabeth, à témoigner de la colonisation de la ville par les Écossais dans les années 1800.

Une petite église pittoresque, juchée sur une colline, qu’on remarquait en passant sur la montée de la Source.

Un repère autant pour le touriste de passage que pour les résidants qui ont à coeur l’importance de leur histoire.

Le plus navrant, c’est que le conseil municipal a autorisé la destruction de l’église St-Andrew sans consultation, sans avis public.

Comme si cette vieille église, où ont été célébrés les mariages et les baptêmes de plusieurs générations de Cantléens, n’était qu’un vulgaire taudis.

Je ne blâme pas la communauté religieuse qui a vendu l’édifice en 2015.

Ni le propriétaire actuel qui a suivi toutes les règles.

À ma connaissance, aucun acte illégal n’a entaché ce dossier.

Bien que ce devrait être interdit de démolir pareille église de façon aussi cavalière.

Ce qui me sidère, c’est que des élus aient pu autoriser la destruction d’un bâtiment fondateur de leur ville sans même soumettre leur décision à un débat public. Sans même demander l’avis de leur société d’histoire locale…

C’est ce qui me dépasse le plus.

Peut-être qu’à la fin, la décision aurait été la même. Mais au moins, il y aurait eu débat public. Les sociétés d’histoire auraient pu émettre un avis éclairé sur le cas de St-Andrew.

L’Outaouais compte très peu de bâtiments de près de 150 ans. Et parmi ceux-ci, très peu d’églises. D’où l’importance de les chérir et de les préserver au lieu d’accorder en catimini des permis de démolition.

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Autre cas récent qui donne à réfléchir: la disparition de la jolie corniche qui agrémentait l’extérieur du bar Aux Quatre Jeudis, au centre-ville de Gatineau.

La corniche du café-bar Aux 4 jeudis avant les rénovations.
La corniche du café-bar Aux 4 jeudis après les rénovations.

Sans demander de permis, le nouveau propriétaire a remplacé la corniche d’origine par une corniche en métal très quelconque. Tout ça sous prétexte que le toit coulait et qu’il y avait urgence d’agir.

Mais dans un site du patrimoine, comme le centre-ville, il faut obtenir un permis pour modifier l’apparence d’un bâtiment. Et depuis l’épisode malheureux de l’hôtel Chez Henri, la Ville de Gatineau est chatouilleuse sur cette question. Avec raison.

La corniche du Quatre Jeudis est l’une des finesses architecturales qui donnent son cachet au secteur de la place Aubry. Il faut en prendre le plus grand soin.

Le bon côté de l’affaire? La Ville de Gatineau a réagi promptement en faisant parvenir un avis d’infraction au propriétaire. Du coup, elle envoie le signal que ce genre d’accroc aux règlements patrimoniaux sera sanctionné. Le maire Maxime Pedneaud-Jobin insiste aussi pour que le propriétaire reconstruise la corniche à son état d’origine.

Le moins bon côté de l’affaire?

Visiblement, des propriétaires prennent encore trop à la légère l’immense responsabilité qui vient avec l’achat d’un bâtiment patrimonial.

Il faut y voir pour éviter que notre patrimoine disparaisse, une petite église blanche, une corniche à la fois.