L'infirmière Claude Charlebois-Cardinal (en bleu) a pris en charge la décoration de la chambre d'Éric Cloutier qui est confiné à l'hôpital de Gatineau.

L’espoir comme médicament

CHRONIQUE / C’est l’histoire d’une infirmière de Gatineau qui s’est prise d’affection pour un de ses patients en train de déprimer solide dans sa chambre d’hôpital. Une infirmière qui refuse de se faire servir un « non » comme réponse. Et qui croit que le meilleur médicament contre la déprime, c’est une petite dose de bonheur quotidien, de rire et d’espoir.

Pendant sa carrière de 14 ans comme infirmière, Claude Charlebois-Cardinal en a soigné des patients. Mais il s’est produit quelque chose d’inhabituel après l’admission d’Éric Cloutier au 6e Nord de l’hôpital de Gatineau, le 25 décembre dernier. Une connexion difficile à expliquer qui allait motiver l’infirmière à tout faire pour aider ce patient de 43 ans qu’elle voyait dépérir à vue d’œil.

Atteint de la maladie de Steinert qui attaque ses muscles respiratoires, Éric Cloutier ne peut plus respirer seul. Pour le reste de sa vie, il est branché en permanence à un respirateur artificiel. Si l’appareil s’arrête, il meurt. Si sa trachée se débranche, et qu’il n’y a personne autour de lui pour la rebrancher, il meurt. 

Il n’y a pas de place vraiment adaptée aux besoins de malades comme Éric Cloutier dans le réseau de la santé de l’Outaouais. Normal, sa maladie ne touche qu’une personne sur 10 000. Dans l’histoire du 6e Nord, c’est seulement le second cas du genre. Éric attend qu’une place se libère à l’hôpital Saint-Vincent d’Ottawa. Mais en raison du manque de lits, ça peut prendre des années.

Faute de mieux, on l’a installé dans une chambre du 6e Nord.

Depuis quatre mois, la vie d’Éric se déroule essentiellement dans un espace d’un mètre carré. L’espace compris entre lui et son appareil respiratoire. C’est devenu son îlot de survie.

Quatre mois qu’il n’a pas pris de bain, qu’il est branché en permanence à des appareils pour l’aider à respirer, manger et boire. Il ne peut presque plus parler à cause de la trachéo plantée dans sa gorge.

Mais il est plus lucide que jamais. Il a parfois l’impression d’être dans une prison. Sans voir le jour où il en sortira. 

L’infirmière Claude Charlebois-Cardinal en a soigné des patients. Mais il s’est produit quelque chose d’inhabituel après l’admission d’Éric Cloutier au 6e Nord de l’hôpital de Gatineau, le 25 décembre dernier.

« Un matin, je me suis réveillée, et je me suis dit : ça n’a pas de bon sens », raconte Claude Charlebois-Cardinal qui a été touchée par le sort de ce patient hors de l’ordinaire. 

« Un retour à domicile est impensable pour lui. Mon plan est de lui offrir une vie en milieu hospitalier. Une chambre accueillante et adaptée à ses nombreux besoins. Une place où il se sentira chez lui malgré la maladie. Éric est un jeune homme plein de vie et de ressources. Il mérite un environnement propice au répit. »

Claude Charlebois-Cardinal a rameuté ses collègues et sa gestionnaire dans le but de trouver un moyen d’adoucir le quotidien d’Éric. Après discussions avec le principal intéressé, on a convenu de redécorer sa chambre dans le style médiéval. On veut lui installer un accès Internet, une PS4, et un écran DVD digne de ce nom. Sauf que réaliser un tel projet dans un contexte hospitalier normé, aseptisé, régulé n’est pas chose simple.

Portée par son enthousiasme, l’infirmière a lancé une page Facebook… que la direction lui a demandé de fermer. Les infirmières n’ont pas le droit de solliciter les dons du public. Rien pour arrêter Mme Charlebois-Cardinal qui a poursuivi ses démarches. La population peut maintenant faire des dons dédiés au 6e Nord par le biais de la Fondation Santé Gatineau. Elle a déjà amassé 1500 $ sur un objectif de 5000 $. Des compagnies de construction ont contribué, de même que des médecins.

En attendant d’obtenir les autorisations pour redécorer la chambre, Claude continue de raconter des blagues à Éric. Lui, il rit, oubliant un moment la chambre grise, les machines qui bipent. « Comme infirmière, je pense qu’on n’est pas juste là pour vérifier qu’Éric respire, que son gavage est administré et qu’il a bien pris ses médicaments. On doit se demander si on peut faire quelque chose pour que sa vie soit meilleure.

« Je m’occupe d’Éric depuis qu’il est sorti des soins intensifs. J’ai vu de bonnes journées, et de moins bonnes. Mais Éric veut vivre. On peut-tu l’aider ? Mettre toutes les chances de son côté ? Aujourd’hui, il était content. C’est la première fois que je le vois debout si tôt. Lavé, arrangé, la barbe peignée, les cheveux tout arrangés… Il est content de ce qui arrive. Il était content que tu viennes ! »