Nathan Langevin, Abigail Vieira-Demers, Gabrielle Monette et Jaeden Mallette confectionnent des matelas de sol avec des sacs de lait.

Les vertus insoupçonnées du sac de lait

CHRONIQUE / C’est fou ce qu’on peut faire avec des sacs ce lait.

À l’école Sacré-Cœur de Gatineau, des élèves de 3e et 4e année en font des matelas de sol.

Ils découpent en bandes étroites des sacs de lait de 4 litres qui servent ensuite à tisser des matelas solides, imperméables et isolants. Un papa a même fabriqué un métier à tisser spécial, avec des montants de bois et des vis, pour faciliter la confection.

Paraît que c’est du solide, ces matelas-là, que ça peut durer jusqu’à 25 ans. Et ça se roule, comme des sacs de couchage. Si c’est confortable ? Plus qu’un plancher de terre battue en tout cas.

L’idée, c’est de faire parvenir ces matelas à des gens de pays en développement qui doivent coucher à même le sol. Au début, les élèves de Sacré-Cœur ignoraient que ça pouvait exister, des enfants qui couchent à terre. Quand les enseignantes Nadia Chénier et Annie Boisvenue leur ont présenté le film Lion du réalisateur Garth Davis, ils n’en revenaient pas de voir des enfants indiens dormir sur des boîtes de carton. « Alors c’est vrai, madame ? Ça existe vraiment ? »

Bien oui, ça existe, les enfants.

Il y a quand même un petit gars de la classe qui a levé la main. Il venait du Sénégal, il a dit : « Ça existe, mais c’est pas tout le monde qui couche par terre. Moi, j’avais un bon matelas. »

Bref, toute cette histoire de fabrication de matelas est devenue un prétexte pour enseigner un tas de choses aux enfants de l’école Sacré-Cœur, dans le secteur Masson-Angers. « Ça leur ouvre les yeux sur le monde, dit Nadia Chénier. Ils réalisent qu’ils sont chanceux d’avoir ce qu’ils ont. Ils réfléchissent sur la consommation, ils voient qu’ils ne sont pas obligés de jeter les sacs, que c’est possible de les recycler, d’en faire quelque chose d’utile. »

La confection des matelas est aussi devenue une façon d’inculquer de la matière scolaire. Dans la classe de maternelle, des profs ont mis à profit le triage des sacs à lait pour enseigner des notions de mathématiques. « Les enfants, vous allez me classer les sacs par paquets de dix. En passant, on appelle ça des dizaines… »

Pour confectionner un matelas, il faut environ 500 sacs de lait. Heureusement, ce n’est pas ça qui manque à l’école Sacré-Cœur. Quatre ans déjà qu’on y recueille des sacs, jusqu’à 12 000 par année. Au point où ça sent parfois un peu le lait caillé dans le fond de la classe… L’école les refilait jadis aux scouts du groupe Saint-Alexandre. Mais quand ceux-ci ont cessé la confection des matelas, il y a deux ans, Nadia et Annie ont décidé de prendre la relève.

« Notre école fait partie du réseau des écoles entrepreneuriales. On trouvait que c’était un bon projet pour développer la créativité, la solidarité et la persévérance chez nos élèves », indique Nadia Chénier.

« On s’est renseigné sur la manière de tisser, enchaîne Annie Boisvenue. Puis on a enseigné la technique aux enfants. À toutes les récrés, à tous les dîners, on avait des enfants qui découpaient des bandes, faisaient des boucles et enfilaient les bandes sur le métier à tisser ».

L’enthousiasme est tel qu’on pense s’essayer à la fabrication d’oreillers de sacs de lait. Le projet a remporté un prix régional du concours OSEntreprendre. Il est en nomination pour un prix Vertuoses d’Enviro-Éduc-Action. La prochaine étape, c’est d’acheminer les matelas dans un pays en développement. « Nous sommes à la recherche d’un organisme capable de faire cela », dit Nadia Chénier.

Quand je leur ai demandé combien de matelas ils avaient produits au cours des deux dernières années, la réponse m’a surpris. « Deux », m’a dit Nadia.

Deux ?

Elle a souri : « C’est parce qu’on a dû recommencer plusieurs fois. Si tu sautes une étape au début, le matelas se défait. Si tu tisses trop serré, le matelas se recroqueville sur lui-même. Tu sais, quand je te disais que le projet travaille la persévérance des enfants ? Bien c’est ça ! »