Stéphanie Vallée s’est retrouvée en porte-à-faux avec ses collègues du caucus libéral dans le dossier de l’aréna Guertin.

Les vents contraires de Stéphanie Vallée

CHRONIQUE / Avez-vous noté la nuance dans le propos de Stéphanie Vallée ? La députée de Gatineau n’a pas dit qu’elle quittait définitivement la politique active, seulement qu’elle prendrait une « pause » au terme d’un mandat difficile comme ministre de la Justice au sein du gouvernement Couillard.

Une pause, certains observateurs l’ont bien noté, cela veut dire qu’elle compte revenir un jour. Certains la voient déjà briguer la mairie de Gatineau en 2021. Voire former son propre parti politique sur la scène municipale. Pourquoi pas ? Nul doute que son nom alimentera la machine à rumeur au cours des prochaines années.

Ceci dit, le bruit que Mme Vallée ne se représenterait pas aux élections provinciales du 1er octobre prochain courait depuis déjà un moment dans les milieux politiques. Les quatre dernières années n’ont pas été de tout repos pour la ministre de la Justice.

Qu’on se rappelle ses laborieuses explications sur l’application du projet de loi 62 sur les services à visage découvert dans les autobus. Des explications si peu convaincantes que le maire de Montréal, Denis Coderre, avait promis de faire fi des nouvelles règles ! La gestion des longs délais dans l’administration de la justice avec l’arrêt Jordan a aussi mis sur la sellette cette avocate de profession.

Dans sa propre circonscription de Gatineau, Mme Vallée a dû composer avec une fronde alors que des militants menaçaient de lui opposer un autre candidat à l’investiture libérale. Voilà qui s’annonçait comme un exercice humiliant pour une femme qui occupe un poste prestigieux dans le cabinet du gouvernement Couillard, en plus d’être la ministre responsable de l’Outaouais.

Mme Vallée est passée très vite sur ces éléments controversés lors de son point de presse à Québec, mercredi. Elle a préféré invoquer des raisons familiales pour expliquer sa décision. Les longs voyages entre Québec et son comté lui pesaient, tout comme l’éloignement de sa famille, de ses deux grands enfants de 18 et 20 ans, et de son chum, l’animateur et ex-député libéral Roch Cholette. « J’ai le goût de poser mes valises, de mener une vie normale », a dit Mme Vallée.

Et je veux bien croire qu’il y a de cela dans sa décision. Comme il y a sans doute du fait que les libéraux sont loin d’être certains de former le prochain gouvernement. La perspective de passer les quatre prochaines années sur les banquettes de l’opposition, après avoir été une ministre influente du cabinet, n’a rien de réjouissant pour une politicienne ambitieuse comme Mme Vallée.

Maintenant, quel bilan Mme Vallée laissera-t-elle comme ministre régionale ? Le nom de l’ex-ministre Benoît Pelletier reste étroitement associé au financement du centre sportif de Gatineau. Celui de Norm MacMillan à l’autoroute 50. Dans le cas de Mme Vallée, rien ne surgit spontanément à l’esprit.

Oui, elle a livré la marchandise avec l’agrandissement du CHSLD de Maniwaki. Pour le reste, son bilan semble intimement lié à celui de son gouvernement. Par exemple, à l’impopulaire réforme de la santé de son collègue Gaétan Barrette, qu’elle n’a cessé de défendre malgré les critiques virulentes, particulièrement en Outaouais.

On se souviendra aussi de ses rapports tendus avec certains maires, de même qu’avec ses collègues du caucus libéral avec qui elle s’est retrouvée en porte-à-faux dans le dossier de l’aréna Guertin. Le couple qu’elle formait avec Roch Cholette était aussi une source de distraction, voire d’embarras pour ses collègues députés qui craignaient que des informations discutées en privé ne se retrouvent sur les ondes de l’émission de M. Cholette.

Dans le fond, le bilan de Mme Vallée sera à l’image de la politicienne. Elle confiait mercredi qu’il ne faut pas avoir peur d’affronter des vents contraires lorsqu’on se lance en politique. « Faire de la politique, dit-elle, c’est vivre avec la controverse. Faire de la politique, c’est pousser des dossiers qui ne sont pas à prime abord populaires. C’est difficile parfois sur le plan humain. Mais ça n’a pas pesé dans ma décision. »