Trente-trois personnes mortes de la chaleur au Québec jusqu’à maintenant.

Les morts climatiques

CHRONIQUE / Une trentaine de personnes sont mortes de la chaleur au Québec jusqu’à maintenant. Souvent des personnes seules, des personnes avec des problèmes de santé mentale. Des gens qui se sont déshydratés dans la solitude de leur appartement surchauffé. Triste, mais triste!

Pourtant, ce n’est pas beaucoup, 33 morts climatiques.

J’étais en France pendant la grande canicule de 2003. Mes deux semaines de vacances correspondaient aux deux semaines de chaleur extrême qui s’étaient soldées par 70 000 morts en Europe, dont 19 000 en France. Je me rappelle de nos longues marches dans l’air surchauffé de Paris, des nuits pénibles dans de petits hôtels mal aérés, sans air conditionné, à se rafraîchir avec une débarbouillette humide.

C’était, sans jeu de mots, une chaleur mortelle.

On a tendance à l’oublier, mais la canicule demeure un phénomène météorologique très meurtrier. Aux États-Unis, c’est même considéré comme le plus meurtrier, avec environ 400 décès par année.

Gatineau est jusqu’ici relativement épargné par cette vague de chaleur. En date d’hier, on ne recensait aucun décès directement lié à la canicule. Mais on ne perd rien pour attendre. On estime que le taux de surmortalité causé par les vagues de chaleur augmentera de 5 à 7 % d’ici 2050, et de 10 à 17 % en 2080, selon un rapport sur les changements climatiques disponible sur le site Web de la Ville de Gatineau.

Déprimant, vous dites?

Un peu, oui. Je trouve que l’humanité est mal foutue en matière de changements climatiques. On sait tous qu’on fonce droit sur un mur. Mais au quotidien, on continue de faire comme si de rien n’était. On conduit notre voiture solo en se plaignant du prix de l’essence qui vient de monter de 4 sous.

Les périls liés aux changements climatiques ne nous dérangent pas assez, individuellement, pour nous faire bouger collectivement.

On se plaint contre les réfugiés, les migrants et les demandeurs d’asile qui se pressent aux frontières des pays situés dans les zones tempérées. On craint pour notre identité, notre mode de vie. On veut construire des murs pour les empêcher de rentrer. En oubliant un peu vite que ces gens fuient des contrées que le réchauffement est en train de transformer en déserts inhabitables.

Plutôt que de changer notre mode de vie, on préfère bénir l’inventeur du climatiseur. En oubliant que climatiser, c’est essentiellement sortir la chaleur des bâtiments pour l’évacuer à l’extérieur. À Phoenix, en Arizona, on estime que la climatisation peut faire, à elle seule, grimper de 2 degrés la température extérieure, une journée donnée. Débile, non?

Et pendant qu’on se plaint de la chaleur et qu’on fait le décompte de nos morts, Doug Ford, le nouveau premier ministre de l’Ontario, abolit la taxe sur le carbone qui vise précisément à ralentir les changements climatiques. On l’applaudit, parce que le prix de l’essence va redescendre de 4 cents.

Je déteste ces vagues de chaleur. Tous ces morts nous remettent sous le nez notre échec collectif à lutter efficacement contre les changements climatiques.