Les conduites d’aqueduc, le citoyen s’en contrefiche, sauf quand un aqueduc brise en plein hiver.

Les maux invisibles

CHRONIQUE / On ne pense jamais aux aqueducs. Sauf quand un trou béant s’ouvre soudainement dans la chaussée et qu’un torrent d’eau se répand dans le quartier. C’est ce qui s’est produit lundi soir sur le boulevard Alexandre-Taché à Gatineau. Résultat ? Tout un secteur privé d’eau potable. Des sous-sols inondés. Des écoles fermées. Le résultat de 40 ans de négligence, a résumé le maire Maxime Pedneaud-Jobin.

Eh oui.

Pendant des années, les villes canadiennes, pas juste Gatineau, ont négligé d’entretenir leurs conduites souterraines. Les maires préféraient geler les taxes et investir dans du bel asphalte neuf. C’était plus rentable politiquement de paver de belles rues que d’investir dans des conduites d’aqueducs enfouies sous terre et donc invisibles aux yeux des électeurs. De temps en temps, ces aqueducs aiment se rappeler à notre mémoire. De préférence, en pétant par un beau soir d’hiver.

Loin des yeux, loin du cœur des citoyens, les aqueducs. C’est leur problème. Personne ne voit les tuyaux se fissurer, se craqueler et fuir de toutes leurs pores. Chaque année, les fuites du réseau d’eau potable de Gatineau suffiraient à remplir des centaines et des centaines de piscines hors terre. Le tiers de l’eau potable produite dans nos usines est gaspillé. Mais qui s’en soucie ?

Le citoyen moyen se préoccupe de ce qui lui saute aux yeux. À commencer par les trous dans les rues. Écoutez-le réclamer toujours plus d’argent pour le pavage ! Le citoyen se plaint des rues et des trottoirs mal déneigés. Écoutez-le exiger que les rues soient déblayées alors qu’il neige encore à plein ciel ! Le citoyen voit les vieux canapés et les frigos s’accumuler sur les trottoirs. Écoutez-le se plaindre de la nouvelle collecte des encombrants !

Les conduites d’aqueduc, le citoyen s’en contrefiche. Sauf quand un aqueduc brise en plein hiver et qu’une crevasse s’ouvre dans une rue de quartier. Écoutez-le alors se plaindre de manquer d’eau, de devoir faire des détours et de manquer d’information. Tout à coup, le citoyen réalise que ces conduites sont essentielles. Elles servent à transporter l’eau potable jusqu’à nos chaumières. Rien que ça !

C’est comme l’environnement. Tout le monde sait que le transport est l’une des principales sources de gaz à effet de serre. Mais c’est un mal invisible. Imaginez un instant qu’on teinte en jaune les gaz d’échappement de nos véhicules et qu’on les parfume d’une odeur d’œufs pourris.

Imaginez le portrait, un beau mercredi matin de semaine, sur le boulevard des Allumettières à Gatineau ou sur Baseline à Ottawa. Des milliers d’autos solos qui roulent au pas dans un malodorant nuage de fumée jaunasse. On serait moins fiers, hein ? Tout à coup, l’urgence de réagir aux changements climatiques nous sauterait aux yeux.

Conclusion ? On devrait bâtir nos conduites d’aqueduc en surface. Passer les tuyaux le long des rues. Les gens verraient les fuites, le gaspillage en direct de millions de litres d’eau potable. Si nos tuyaux d’aqueduc n’étaient pas enterrés, qui sait s’ils auraient été à ce point négligés pendant des décennies.