Pendant que le maire Régis Labeaume gèle les taxes à Québec, les Gatinois subiront une hausse de taxes de 2,9% l'an prochain. Sur la photo, le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, alors qu'il recevait récemment la visite de son homologue de Québec.

Les maudites taxes...

Pendant que le maire Régis Labeaume gèle les taxes à Québec, les Gatinois subiront une hausse de taxes de 2,9% l'an prochain. C'est quoi notre problème, à Gatineau? Est-ce qu'on pourrait avoir un petit répit de taxes, nous aussi?
Dire que les gels de taxes étaient la norme à une époque. Ça faisait plaisir aux contribuables. Surtout à la veille des élections. Un gel, ça a toujours été une mesure populaire auprès de l'électorat.
Sauf qu'on s'est rendu compte que c'était une gaffe de geler les taxes à répétition. Les maires se faisaient du capital politique, mais les villes manquaient d'argent pour entretenir leurs équipements. Aujourd'hui, tout le monde paye le prix pour ces années de négligence. 
À Gatineau, on investit des dizaines de millions chaque année dans les infrastructures. Et on n'en voit pas le bout. Il y avait toujours plus de rues, plus d'égouts, plus d'usines, plus d'arénas à retaper...
Voilà quelques années, les maires ont commencé à dire que c'était irresponsable de toujours geler les taxes. Qu'il fallait plutôt viser des hausses à la hauteur de l'inflation. Le message a fini par rentrer. Les citoyens se sont habitués à de petites augmentations, année après année...
À tel point que lorsque j'ai lu que Québec gelait les taxes en 2017 - en pleine année électorale, quel hasard! - j'ai avalé mon latté de travers. Je veux bien que le royaume de Régis Labeaume soit un écosystème politique unique au Québec. Il se fait des choses là-bas qui ne se font pas ailleurs. Mais un gel? Quelle hérésie, vu d'ici!
Juste préciser que ce gel va leur coûter une petite beurrée et demie à Québec: 104 millions sur 4 ans. Pour l'instant, ça ne paraît pas trop. La dette de Régis demeure sous contrôle. Les travaux d'infrastructures se poursuivent à un bon rythme avec l'aide financière des gouvernements à Québec et Ottawa, toujours prompts à se battre pour obtenir les faveurs de l'influent maire Labeaume.
Sauf que Québec n'est pas différente des autres villes. Quand il y aura moins de gras à enlever, une question douloureuse va se poser. Où on coupe? Dans les infrastructures? Dans les services aux citoyens?
Alors oui, Gatineau semble nager à contre-courant avec sa hausse de taxes de 2,9% l'an prochain. C'est plus qu'à Laval, Longueuil, Sherbrooke... Même si les comparaisons entre villes demeurent délicates, Gatineau semble plus «taxière» que d'autres. Une approche impopulaire, sans doute, mais qui a ses avantages.
Gatineau est comme un écureuil qui a emmagasiné des réserves partout. Elle a une taxe dédiée pour les infrastructures unique au Québec (Longueuil a aboli la sienne). Elle a une réserve «cycle de vie» qui permet d'entretenir les bâtiments municipaux à mesure, sans attendre que la brique tombe des murs.
Le service de la dette, à 11% du budget, est l'un des plus bas, sinon le plus bas du Québec.
C'est fou, on a tellement d'argent en réserve à Gatineau que le jugement qui condamnait la Ville à rembourser 12 millions de frais de croissance aux entrepreneurs a eu zéro impact sur la préparation du budget 2017. Dans une ville moins prévoyante, ça aurait déclenché une crise.
On taxe peut-être plus à Gatineau, mais on est mieux paré face aux imprévus. Bon an, mal an, Gatineau garde le cap sur son plan financier à long terme, en résistant à la tentation de présenter des budgets bonbons à la veille des élections.
C'est un choix politique moins populaire qu'un gel de taxes. Mais ça procure à Gatineau une marge de manoeuvre budgétaire qui fait l'envie de bien des maires - y compris sans doute du maire Labeaume.