Des mamans robots ? L’idée est moins futuriste qu'elle n'en a l'air.

Les mamans robots

CHRONIQUE / Au début, j’hésitais entre en rire et en pleurer.

Un lecteur m’a transmis un devoir d’anglais soumis à des élèves de 4e année d’une école de l’Outaouais. Intitulé Robot Mothers, il semble tout droit tiré d’un manuel scolaire des années 1950 tellement il est bourré de stéréotypes sexistes.

« Being a mother is difficult », commence le texte qui fait l’apologie du rôle traditionnel de la mère, celle qui élève des enfants à la maison, tout en s’acquittant des tâches ménagères.

L’exercice se veut aussi une réflexion sur l’automatisation. « La vie d’une maman serait tellement plus facile si un robot pouvait cuisiner, passer l’aspirateur et faire le lavage à sa place », poursuit le texte sur la même note moralisatrice.

On y apprend que les mamans qui doivent travailler ou aller à l’école doivent laisser – quelle horreur ! – leurs enfants aux bons soins d’une gardienne. « Malheureusement, les gardiennes d’enfants coûtent cher et ne sont pas toujours gentilles avec les enfants », précise un passage, qui fera sûrement tiquer les éducatrices en garderie en grève ces jours-ci.

Pas une seule mention du père dans le texte soumis aux enfants.

J’imagine qu’il est absent de la maison, trop occupé à travailler comme un forcené.

Tellement occupé en fait que le texte propose d’inventer un robot pour aider la mère plutôt que de mettre le père à contribution…

Par quel prodige une classe d’anglais s’est-elle retrouvée à faire un exercice sur la base d’un texte aussi franchement rétrograde, qui réduit la femme à son rôle de mère au foyer ? Tout ça alors qu’on est en pleine bataille pour atteindre la parité homme-femme au Canada, tout ça alors qu’on essaie d’assainir les rapports entre les deux sexes ?

J’avoue que ça dépasse mon entendement.

Je refuse de croire qu’on n’a rien de mieux à faire lire à une classe d’anglais que cette niaiserie passéiste tirée d’un site Web américain qui offre gratuitement du matériel pédagogique d’« éducation à la citoyenneté ». Come on !

J’ignorais si je devais en rire ou en pleurer.

J’ai fini par en rire. Parce qu’à la fin, les élèves devaient répondre à la question suivante : est-ce qu’un robot ferait une bonne maman ?

Sur la copie que j’ai obtenue, le petit gars a écrit : non, parce qu’un robot, ça peut se faire pirater.

C’est ce que je trouve rassurant avec cet exercice tout droit sorti des années 1950.

Cette réponse super contemporaine du petit gars qui a de toute évidence entendu parler de l’ingérence russe dans la présidentielle américaine.

Il s’est dit que si Vladimir Poutine piratait sa robot-maman, la maisonnée serait vite soumise à une discipline de fer !

***

N’empêche que ce texte surgi d’une époque qu’on souhaite révolue m’a fait réfléchir sur l’actuel débat des genres qui fait rage au gouvernement fédéral.

On peut bien rire des fonctionnaires qui s’enfargent dans les fleurs du tapis et qui n’oseront plus interpeller les gens « Monsieur » ou « Madame » de peur d’en froisser certains.

On peut se moquer de ce qu’on n’ose plus appeler un père, un père, ou une mère, une mère. Dans le doute, vaudrait mieux dire : un parent.

On peut rigoler du sigle LGBTQ2 qui gagne une nouvelle lettre chaque année au point qu’on ne sait plus trop ce que ça veut dire.

On peut s’agacer de ce que les choses se compliquent.

Mais retournerait-on à cette époque prétendument plus simple des mamans à la maison et des papas-pourvoyeurs ? Pas moi en tout cas.

Notre difficulté croissante à cerner l’identité des gens, c’est le reflet d’une société plus complexe, mais aussi plus libre.

C’est plus difficile de nommer correctement les choses, mais nous ne sommes plus encarcanés dans les rôles rigides d’une autre époque.

Il devient plus facile pour chacun de se forger une identité qui correspond mieux à ses véritables aspirations.