Le quartier Saint-Roch, à Québec, était qualifié de «trou» il n’y a pas si longtemps. Il est devenu un modèle de revitalisation.

Les lunettes mauves

CHRONIQUE / L’économie… mauve ?

Je vous préviens, vite de même, ça ressemble à du pelletage de nuage. Si j’ai bien compris, l’économie mauve, c’est cette idée de miser sur une alliance entre la culture et l’économie pour développer un pays ou une ville.

C’est cette idée que le développement urbain ou rural doit intégrer en tout premier lieu le respect de l’histoire et le sens du lieu, de même que le patrimoine et les coutumes de ses habitants.

Toutes des choses, finalement, dont on a fait fi en démolissant le centre-ville de Hull, dans les années 1970, pour y construire des édifices fédéraux. Avec les conséquences que l’on sait : un centre-ville qui se vide le soir et les week-ends malgré tous les efforts pour y insuffler de la vie et de l’animation.

L’économie mauve, c’est aussi cette idée de «libérer les artistes» dans une ville, afin que leur pouvoir de création s’étende à toutes choses. On favoriserait ainsi le sentiment d’appartenance, l’identité, la fierté des citoyens.

Alors oui, il y a quelque chose qui ressemble à de la pensée magique dans ce concept d’économie mauve. Libérez les artistes, et la magie opérera !

En même temps, ce n’est pas un concept désincarné. C’est l’idée derrière la revitalisation du quartier Saint-Roch, à Québec. Un secteur jadis mal famé que l’ex-maire Jean-Paul L’Allier a transformé en quartier branché grâce, justement, à l’apport de la culture et à l’injection massive de fonds publics.

Quand on sait la communauté de pensée entre l’ex-maire L’Allier et le parti Action Gatineau, on ne s’étonnera pas que l’économie mauve soit l’un des nouveaux fantasmes du parti du maire Maxime Pedneaud-Jobin. Un des militants de la première heure d’Action Gatineau publie un livre sur le sujet. Dans son ouvrage, Yvon Leclerc démontre à travers l’histoire de la revitalisation du quartier Saint-Roch et six histoires de cas, comment la beauté d’un lieu, la fierté et le sentiment d’appartenance qui en découlent sont des facteurs de développement.

L’économie mauve pourrait donc inspirer la relance du centre-ville de Gatineau, notamment dans le secteur de la rue Montcalm qui est pressenti depuis longtemps pour devenir un haut lieu culturel. C’est là qu’on voyait la grande bibliothèque et les résidences d’artistes, là aussi que se trouvent déjà des centres de création et le théâtre municipal.

Ce que j’en pense ?

Que c’est bien beau les idées, qu’elles soient mauves, vertes ou roses.

Mais pour que toute cette affaire soit autre chose que du pelletage de nuage, il faudra poser des gestes concrets.

Or on attend toujours l’investissement majeur qui lancera le signal de la relance du centre-ville. Gatineau a passé son tour pour toutes sortes de bonnes et de mauvaises raisons en autorisant le déménagement de l’aréna Guertin dans le secteur Gatineau.

Maintenant, le maire parle de construire un centre culturel, une institution qui serait un mélange de bibliothèque centrale, de galerie d’art et de musée régional. Mais ce n’est pas demain la veille qu’on verra ce projet se concrétiser. Le maire a déjà prévenu qu’il se donnait tout le mandat pour le peaufiner.

L’économie mauve se veut une alliance entre la culture et l’économie. Or M. Pedneaud-Jobin a encore beaucoup à faire pour convaincre les gros promoteurs et certains membres de son conseil que le développement du centre-ville passe par la culture, un développement à l’échelle humaine et par le respect du peu de patrimoine bâti encore debout à Gatineau. Il reste beaucoup de gens à convaincre. Qu’on pense à ce déchirant débat autour des tours Brigil…

Dernière affaire : c’est bien beau de vouloir libérer les artistes. C’est juste que ça peut être dérangeant un artiste. Ça rue parfois dans les brancards, ça conteste l’autorité et les règles établies. C’est le propre de la démarche créative de penser hors du cadre. Est-ce que Gatineau la prude, Gatineau l’hyperéglementée qui fait des boutons à propos des soirées de karaokés, qui vit encore sur le traumatisme des troubles de la promenade du Portage, est prête à libérer les artistes ?