Notre chroniqueur a passé une journée avec la candidate à la mairie de Gatineau, Sylvie Goneau. La politicienne a rencontré des dizaines de personnes au cours de cette journée.

Les deux chantiers de Mme Goneau

CHRONIQUE / Notre chroniqueur suit pas à pas des candidats à la mairie de Gatineau durant leur périple électoral. Aujourd’hui, Sylvie Goneau.

8 h 15. Sylvie Goneau et l’ex-conseiller Luc Angers m’attendent en pitonnant sur leur téléphone au Tim Horton du chemin de la Savane, à Gatineau.

C’est là qu’ils m’ont donné rendez-vous en ce mardi pluvieux. Contrairement à d’autres candidats, Mme Goneau n’a pas de local électoral. Je m’en étonne : n’est-ce pas un peu compliqué de faire campagne sans quartier général ?

Ma remarque fait bien rire la candidate. Depuis qu’elle a perdu sa maison lors des inondations, elle vit dans un condo de la Croix-Rouge. « Et tu me demandes si ça me dérange de ne pas avoir de pied-à-terre? C’est trop drôle ! », s’amuse-t-elle.

Le plan de la matinée ? Faire la tournée des Tim Horton du secteur Gatineau pour rencontrer les électeurs. Avant de partir, Mme Goneau fait une dernière tournée de celui où on se trouve. Un monsieur l’interpelle : « Pourquoi devrais-je voter pour vous ? »

Mme Goneau lui explique longuement son plan pour maintenir les taxes au taux d’inflation et réduire la masse salariale. Elle lui refile ensuite sa carte avec son numéro de téléphone. « Si je suis élue, vous aurez le numéro direct du maire. Et je n’aurai jamais peur de répondre ! », dit-elle.

Le retraité la regarde avec de gros yeux : « Eille, vous n’avez pas fini. Moi j’avais 32 employés et j’avais des appels jusqu’à 10 h le soir ! »

J’embarque avec la candidate dans sa mini-Austin rouge et noir qu’elle a baptisée « Tiger ». Son refuge, dit-elle. Une chanson des The Verve résonne dans l’habitacle. Mme Goneau n’écoute pas les nouvelles à la radio, pour se préserver le moral.

« Je n’ai pas besoin des attaques gratuites, ni dans ma campagne ni dans ma vie. Je veux rester positive pour les gens que je rencontre. C’est pourquoi il y a de la musique et pas des nouvelles. Des gens se tiennent au courant de l’actualité pour moi », dit-elle.

Au Tim Horton suivant, sur de l’Hôpital, une dame refuse la carte d’affaires de la candidate. Mme Goneau ne s’en formalise pas. « Je vous aime pareil », la rassure-t-elle. Surprise, la dame dit : « Moi aussi, vous savez. »

Pendant qu’on roule vers un troisième Tim Horton, la candidate me parle de la reconstruction de sa maison du boulevard Hurtubise qui devait débuter la journée même. Le chantier lui gruge beaucoup de temps. Entre les poignées de main et les débats électoraux, la candidate doit approuver les plans de sa nouvelle cuisine, choisir ses armoires et décider de la couleur de la porte d’entrée. « Je n’ai pas la possibilité de mettre le quotidien de côté le temps de la campagne. Je construis ma maison en même temps que je construis la ville », dit-elle.

La conversation dévie sur les débats électoraux où elle surprend par sa combativité. Elle en a long à dire sur son adversaire Denis Tassé, mais surtout sur le maire sortant : « Pedneaud-Jobin a littéralement divisé la ville », dit-elle.

Elle note que le maire s’est aliéné une partie de la communauté d’affaires en s’opposant aux tours Brigil. En plus, il a dressé les secteurs de Hull et de Gatineau l’un contre l’autre en orchestrant le déménagement de Guertin à Place de la Cité.

« Tu ne peux pas te dire rassembleur quand tu divises les gens de même. Les différents secteurs travaillent les uns contre les autres. Il y a des gens qui me disent : Mme Goneau, on devrait défusionner. C’est triste parce qu’on n’entendait plus parler de ça. »

Au Tim Horton de la montée Paiement, une tablée de retraités discute avec animation. Lorsque Mme Goneau s’arrête à leur hauteur, l’accueil est poli… mais peu engageant. De toute évidence, ils n’ont pas envie d’être dérangés. Mais la candidate ne se laisse pas impressionner. Elle s’immisce dans leurs débats, s’enflamme, en profite pour leur passer ses messages…

La grande gueule du groupe la prend à partie. « Vous devriez raconter des menteries, Mme Goneau. C’est le meilleur moyen de rentrer à la mairie. » « Ça, je n’en suis pas capable », rétorque la candidate. « Vous ne m’avez pas encore convaincu », poursuit la grande gueule. « Peut-être pas, mais je suis sûr que vous allez vous rappelez de moi le jour du vote », riposte-t-elle.

De retour dans la voiture, elle raconte qu’elle a déjà vendu des voitures, des balayeuses, des roses et même des accessoires érotiques pour gagner sa vie, notamment à l’époque où elle était jeune mère monoparentale.

Elle rédige aussi un livre. Il traitera des questions municipales, mais aussi de la place des femmes en politique, une cause qui lui tient à cœur.

« Oui, on fait plus de place aux femmes en politique. Mais c’est comme s’il y avait juste une toilette des hommes et qu’on nous disait : vous pouvez l’utiliser vous aussi. Il y a encore du travail à faire. »

11 h. Arrêt à la résidence Frontenac, dans le secteur Hull. Les résidents sont rassemblés à la cafétéria. Ici, Mme Goneau joue la carte féministe. « Qu’est-ce que vous pensez de ça, vous, une femme à la mairie ? », demande-t-elle à deux dames qui regardent la télé dans un petit salon. Elles sont pour. Mais les trottoirs mal déneigés du centre-ville les préoccupent encore plus. 

Certaines résidentes pensent que le candidat, c’est Luc Angers, pas elle. Une dame un peu sourde s’informe. « C’est la nouvelle coiffeuse ? »

- Non, c’est la candidate à la mairie, Sylvie Goneau, chuchote sa voisine.

Mme Goneau circule de table en table, distribuant les bons mots et les dépliants. Elle insiste sur le fait qu’elle est la première et seule femme à se présenter à la mairie de Gatineau depuis la fusion.

« Je ne veux pas me faire élire à la mairie dans un contexte féministe, m’expliquera-t-elle après sa tournée. Mais pour une dame de 93 ans, qui a connu l’époque où les femmes n’avaient pas le droit de vote, et qui voit aujourd’hui une femme se présenter à la mairie d’une grande ville, ça signifie quelque chose. Je suis fière de démontrer aux femmes que nous sommes rendues là. »