En supposant que Maxime Pedneaud-Jobin soit réélu, il faudrait que 9 conseillers sur 18 proviennent de son parti pour lui donner la majorité qu’il souhaite.

L’enjeu du parti politique

CHRONIQUE / La chose à surveiller lors du vote de dimanche à Gatineau, c’est si le parti politique du maire sortant Maxime Pedneaud-Jobin réussira à obtenir une majorité de sièges au conseil municipal.

En supposant que le maire sortant lui-même soit réélu, il faudrait que 9 conseillers sur 18 proviennent de son parti pour lui donner la majorité qu’il souhaite. Non, ce n’est pas gagné d’avance. Et si le maire sortant échoue à obtenir cette majorité, il n’aura que lui à blâmer !

Parce qu’il a peu fait, au cours du dernier mandat, pour convaincre la population qu’un parti politique, et à plus forte raison un parti politique majoritaire, serait une bonne chose pour Gatineau. Au contraire, le parti politique du maire a toujours refusé de s’assumer pleinement jusqu’ici.

Certains diront que ce n’est qu’un détail, mais les élus d’Action Gatineau n’ont jamais été assis d’un même bloc autour de la table du conseil municipal au cours des 4 dernières années. Les sièges des conseillers sont disposés, comme avant, par ordre de numéro de district. Le maire aurait pu décider d’asseoir ensemble sa gang d’Action Gatineau. Il aurait donné le signal que son parti est là pour rester. Mais il a préféré gouverner le plus souvent comme si son parti, minoritaire il est vrai, n’existait pas.

Même durant la présente campagne électorale, le maire évite le plus souvent d’employer le mot parti — sauf si un journaliste lui pose directement des questions sur le sujet. Sur les affiches électorales des candidats d’Action Gatineau, on a aussi retenu l’appellation « Équipe Pedneaud-Jobin », encore une fois pour éviter toute référence au parti politique.

Alors je vous pose la question : peut-on reprocher aux Gatinois d’être méfiants vis-à-vis des partis politiques quand même les élus d’Action Gatineau ne s’assument pas pleinement ?

Pour bien des gens, les partis politiques n’ont pas leur place au conseil municipal. Ils ont encore une vision romantique du conseiller municipal qui vote en fonction des intérêts de son quartier en toute indépendance d’esprit. Alors que la réalité d’une grande ville est beaucoup plus complexe et oblige souvent les conseillers soi-disant « indépendants » à nouer entre eux des alliances — comme s’ils formaient un parti.

Les adversaires du maire vous diront aussi que le parti politique favorise la confrontation et la partisanerie. Pourtant, l’expérience a démontré que les conseils municipaux composés exclusivement d’indépendants ne sont pas à l’abri de la petite politique, des chicanes de clocher et du tirage de couverte…

Il y a des avantages réels à avoir des partis politiques sur la scène municipale. Action Gatineau a démontré sa capacité à mobiliser et intéresser beaucoup de monde à la politique municipale, ce qui n’est pas négligeable en cette époque de désillusion et de désintérêt par rapport à la chose politique. Action Gatineau a aussi accouché d’une plate-forme cohérente et structurée, pas d’un cadre financier improvisé à la dernière minute.

Pour avoir suivi quatre des cinq candidats à la mairie sur le terrain, je dois dire que l’avantage du parti politique est particulièrement évident sur le terrain. Où qu’il aille, le maire sortant a du monde qui travaille pour lui, en tout temps, et dans tous les districts électoraux. Et pas seulement pendant la campagne électorale, mais aussi entre les élections. Toute cette organisation se met également au service des candidats d’Action Gatineau.

En comparaison, les adversaires du maire sortant travaillent avec des moyens limités. Sylvie Goneau n’a pas de local électoral. Denis Tassé est mieux entouré. Il disait même disposer de l’appui de tous les conseillers indépendants. L’ennui, c’est qu’on voit mal des conseillers indépendants sortir en bloc pour appuyer un candidat indépendant à la mairie. Pensez-y, ils auraient eu l’air… de former un parti politique !

Je pense que le grand constat qui nous attend au lendemain de l’élection, surtout si le parti du maire rentre majoritaire, c’est qu’il y aura bientôt un second parti politique à Gatineau. Si ce n’est pas un parti, ce sera en tout cas une « équipe » mieux organisée, capable de faire contrepoids à Action Gatineau.