La Ville de Gatineau est en train de récupérer une partie des millions volés par la collusion des firmes de génie dans les années 2000. Mais est-elle pour autant mieux prémunie contre la magouille organisée ?

Lendemains de collusion à demi-rassurants

CHRONIQUE / La Ville de Gatineau est en train de récupérer une partie des millions volés par la collusion des firmes de génie dans les années 2000. Mais est-elle pour autant mieux prémunie contre la magouille organisée ?

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, affirme que oui. Il dit que les employés sont désormais mieux formés pour détecter le trucage des appels d’offres publics. On s’assure aussi que les comités de sélection qui évaluent les soumissions soient d’une impartialité à toute épreuve.

Et c’est vrai que depuis la commission Charbonneau, le niveau de vigilance s’est accru. Tant le gouvernement du Québec que les municipalités ont resserré leurs mécanismes anticollusion.

Dans le but d’éviter la collusion et d’obtenir de meilleurs prix, les villes s’unissent à l’occasion pour lancer des appels d’offres, comme ce fut le cas récemment pour le sel d’épandage. À Gatineau, le comité exécutif n’hésite plus à rejeter la plus basse soumission conforme si on estime que le prix proposé n’est pas raisonnable.

Le maire assure aussi que les contrats octroyés ces dernières années ont été revus à la loupe pour y détecter la moindre trace de collusion. La Ville n’a rien trouvé. Tant mieux. Mais à partir du moment où la collusion n’a pas été débusquée la première fois, ce n’est qu’à moitié rassurant. Parce que la vérité toute bête, c’est que le stratagème de collusion mis en place par les firmes de génie à Gatineau était indétectable aux yeux de la Ville. Et cela, de l’aveu même du maire et des responsables municipaux.

Sans le témoignage de l’ancien directeur d’Aecom/Tecsult Marc-André Gélinas à la commission Charbonneau, la population n’aurait sans doute jamais rien su du code Gatineau et des combines des grosses firmes de génie pour se partager près de 18 millions de contrats municipaux, entre 2003 et 2009.

On ne pourra jamais être certain à 100 % que toute collision a disparu. Les truands inventeront toujours de nouveaux stratagèmes. Les systèmes en place qui ne seront jamais à toute épreuve. La preuve ? Les mécanismes mis en place dans la foulée de la commission Charbonneau pour forcer les entreprises à montrer patte blanche avant de soumissionner connaissent déjà des ratés.

LaPresse+ rapportait mercredi que, depuis deux ans, des centaines d’entreprises soumissionnent et obtiennent des millions de dollars en contrats, alors que leur autorisation gouvernementale de contracter avec des organismes et des municipalités n’a pas été renouvelée.

Raison de ces retards : l’Unité permanente anticorruption (UPAC), qui fait les enquêtes de conformité, ne suffit pas à la tâche.

C’est ainsi que des centaines d’entreprises apparaissent comme conformes aux yeux des villes, même si leur certificat n’a pas été renouvelé. Sont-elles vraiment en règle ? On ose espérer que la plupart le sont. Il reste que cette situation n’est, elle aussi, qu’à demi-rassurante pour le contribuable.

En attendant, Gatineau est en train de mettre le couvercle sur le scandale de la collusion.

La Ville est déjà assurée de récupérer 1,4 million sur les 3,3 millions perçus en trop par les firmes de génie. Elle espère aller chercher jusqu’à 2 millions en poursuivant la firme Aecom avec qui elle n’est pas parvenue à s’entendre en fonction des paramètres du programme de remboursement volontaire du gouvernement.

Est-ce assez, pas assez ? Difficile à dire dans la mesure où ces montants ont été négociés par des avocats, derrière des portes closes, et qu’ils sont soumis à des clauses de non-divulgation.

Quant aux ingénieurs qui magouillaient des prix dans un restaurant du boulevard de la Gappe, ils ont été radiés de leur ordre professionnel pour des périodes de 10 à 18 mois, ou encore, mis à l’amende. Encore là, est-ce assez, pas assez ? Dans certains cas, les ingénieurs ont obtenu des peines réduites en échange de leur collaboration à l’enquête. Faut-il rappeler que, sans ces aveux, on n’aurait sans doute rien su de la collusion ?