La Fondation du Collège Nouvelles-Frontières a couvert la totalité des études secondaires d'un enfant qui fait appel au centre de pédiatrie sociale de Gatineau.

L’égalité des chances

CHRONIQUE / Je ne vous dirai pas qui c’est, ni même si c’est un garçon ou une fille. Pour la bonne raison que… je n’en sais rien. Même la directrice du collège privé Nouvelles-Frontières, Guylaine Côté, ignore l’identité de ce mystérieux élève de secondaire 1 dont l’anonymat est jalousement préservé.

Vous vous demandez de quoi je parle?

C’est que la Fondation du Collège Nouvelles-Frontières s’est retrouvée avec un surplus de bourses à offrir après l’abandon de son programme collégial. Trop d’argent ! Un joyeux problème, donc. Le collège a pensé créer une bourse pour un enfant qui n’aurait pas, autrement, les moyens de se payer une éducation dans un collège privé. Guylaine Côté a donc approché le centre de pédiatrie sociale de Gatineau, qui soigne des enfants défavorisés. Si vous avez un enfant à nous suggérer, a-t-elle avancé, on serait prêt à couvrir la totalité de ses études secondaires. 

Le centre de pédiatrie a donc soumis le nom d’un enfant, parmi les 1200 qui font appel à ses services. Celui-ci a eu droit à une bourse qui couvre tout : les frais de scolarité de près de 4000 $, la gamme de vêtements, le laissez-passer d’autobus, les manuels scolaires et même le sport parascolaire. Et ce, pour toute la durée de ses études secondaires.

La totale !

D’un commun accord, les deux partenaires ont convenu de garder secret le nom de l’enfant pour éviter toute stigmatisation. Seulement deux personnes au collège savent de qui il s’agit. La directrice ne fait pas partie du cercle. Ce sera à l’élève de se dévoiler ou non, selon son souhait. « Une école est comme un petit village, explique Guylaine Côté. Tout se sait rapidement. Je ne veux pas qu’on pointe une personne parce qu’elle est pauvre, comme je ne veux pas qu’on pointe mes élèves en difficulté. Je veux que la personne se sente acceptée. »


« On n’est pas dans la dynamique : essayons de sauver un pauvre enfant. »
Dre Anne-Marie Bureau

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La Dre Anne-Marie Bureau, directrice du centre de pédiatrie sociale, refuse de faire de cette histoire un débat école publique versus école privée. Les enfants du centre de pédiatrie sociale ont le droit de choisir, comme n’importe quel autre enfant québécois, entre le réseau privé et le réseau public. Elle y voit une question d’égalité des chances.

D’ailleurs, l’enfant retenu n’a pas eu de passe-droit. Il a passé — et réussi — son test d’admission à Nouvelles-Frontières. « On n’est pas dans la dynamique : essayons de sauver un pauvre enfant, précise Anne-Marie Bureau. On voulait choisir un enfant qui a le profil d’étudier et de s’épanouir à Nouvelles-Frontières mais qui, pour des raisons strictement financières, n’aurait pas pu. »

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Guylaine Côté a travaillé en adaptation scolaire dans le système public avant de devenir directrice du collège privé. Elle a beaucoup insisté sur l’importance pour les écoles de se connecter à leur communauté afin de former de meilleurs citoyens. J’en suis !

Mais alors pourquoi tant insister sur l’anonymat de l’élève mystère ? Si le collège privé veut s’ouvrir sur le monde, pourquoi ne pas jouer cartes sur table et exposer les différences sociales ? Après tout, l’élève mystère n’a pas de comptes à rendre. Il a réussi son test d’admission et mérité sa bourse. Il est l’égal de ses camarades plus privilégiés financièrement. N’est-ce pas précisément la leçon qu’on veut nous voir tirer de toute cette histoire ?

On m’a fait valoir que l’élève en question est à un âge où l’acceptation par les pairs est primordiale (et la peur d’être rejeté très présente). D’où cette idée de laisser la personne se dévoiler elle-même, si elle le désire. Vous savez quoi ? J’espère qu’il ou elle le fera un jour. L’entendre s’exprimer sur l’égalité des chances dans le monde de l’éducation serait, à coup sûr, très intéressant.