Johanne Légaré de la Commission scolaire des Portages-de-l'Outaouais

Le vrai rappel à l'ordre

CHRONIQUE / Depuis quand les commissaires scolaires n'ont plus le droit de s'exprimer sur la place publique ? Aux dernières nouvelles, il s'agit d'élus comme les autres qui ont droit autant à la liberté d'expression... qu'à la dissidence.
À la Commission scolaire des Portages-de-l'Outaouais (CSPO), on invoque pourtant un prétendu « devoir de réserve » pour faire taire un élu scolaire qui n'est pas au diapason de la position officielle de la CSPO et de sa présidente, Johanne Légaré.
Le commissaire scolaire Réjean Desjardins a publié, en son nom, un communiqué pour exprimer sa déception dans un dossier qui touche de près ses commettants. C'est que le ministère québécois de l'Éducation n'a pas retenu le projet d'agrandissement de l'école Au-Coeur-des-Collines de La Pêche, située dans son secteur.
S'il est déçu ?
Bien sûr qu'il est déçu. M. Desjardins regrette que ce soit la seule demande de la CSPO qui n'ait pas été retenue par le ministère de l'Éducation. Il n'en revient pas, ajoute-t-il, que la ministre régionale Stéphanie Vallée n'ait pas réussi à convaincre le Ministère du bien-fondé du projet.
Même s'il est mécontent, le commissaire Desjardins le dit de manière articulée et posée dans son communiqué. Il est aussi très clair qu'il s'y exprime en sa qualité de commissaire scolaire, et non pas au nom de la CSPO. 
Et pourtant, la CSPO a jugé nécessaire de répliquer au communiqué du commissaire Desjardins par un autre communiqué qui sonne comme un brutal rappel à l'ordre.
On y cite la secrétaire générale de la CSPO, Caroline Sauvé, qui rappelle que les « seuls porte-paroles officiels de la CSPO sont la présidente et le directeur général ». Vraiment ?
Depuis quand des élus doivent-ils demander la permission à qui que ce soit avant de s'exprimer sur la place publique sur un dossier qui concerne au plus haut point leurs électeurs ?
Ils sont assez grands pour juger de ce qu'ils peuvent dire ou ne pas dire sans avoir à en demander la permission à la présidente ou au directeur. Leur statut d'élu leur confère toute la légimité pour le faire. 
En tant qu'ex-commissaire scolaire elle-même, la secrétaire générale Caroline Sauvé devrait savoir que le droit de parole des élus est chose sacrée en démocratie.
D'ailleurs, si on est pour fermer la trappe aux commissaires scolaires, autant abolir tout de suite les élections scolaires ! 
La CSPO va plus loin dans son rappel à l'ordre, en prétendant que M. Desjardins a contrevenu non seulement à son devoir de réserve, mais aussi à son devoir de collégialité et de loyauté. Collégialité ? Loyauté ?
Encore ici, si M. Desjardins a un devoir de loyauté, c'est d'abord et avant tout envers les citoyens de son secteur. Son prétendu devoir de réserve ne devrait l'empêcher en rien de refléter la déception que ses commettants ont ressentie en apprenant que l'agrandissement de leur école et la construction tant espérée du gymnase n'auraient pas lieu de sitôt.
Le vrai rappel à l'ordre, il est venu lundi de 9 autres commissaires scolaires qui siègent à la même table que M. Desjardins. Ils sont venus se dissocier, avec raison, de la position de la CSPO. Et rappeler leur droit à la liberté d'expression, de même qu'à la dissidence. Dans un très bel élan de collégialité d'ailleurs...